‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 128 sur 231 · VAUQUEUN DE LA FRESNAYE · texte numérisé non relu

VAUQUEUN DE LA FRESNAYE

Le bon mirecoton, l'abricot savoureux^

Le pompon, le melon, le sucrin amoureux :

Recevant le loyer de sa peine agréable,

Qui plus qu'un grand trésor lui semble profitable.

Mais alors que l'automne a fané la verdeur Du feuillage et des prés par une forte ardeur, Avecques ses raisins il fait cueillir ses pommes, La poire que Pomone aussi départ aux hommes.

Oh 1 qu'il est en son cœur content et satisfait, Quand il tient un beau fruit du fruitier qu'il a fait! Quand il tient une grappe en sa vigne choisie, Dont la couleur combat avec la cramoisie t

Jamais il ne se fâche; il est paisible et doux.

Si quelque mouton gras ne lui mangent les loups :

En dépit il leur fait la chasse et la huée;

Un grand peuple il assemble, une louve est tuée;

On en porte la hure après par les hameaux,

On reçoit les présens des riches pastoureaux.

Il ne craint jamais faire en la mer de naufrage, Il se rit de celui qui risque à son dommage.

Cette infidelle roue*,oii chacun à son tour, Tantôt haut, tantôt bas, va tournant à l'entour. Ne le tourmente point; pour n'être point haussée, Pourtant on ne voit point sa fortune abaissée.

Au soir, à son retour, il conte à la maison

Au prix de quelle peine il eut sa venaison,

Qu'il met lors sur la table^ prenant sa douce gloire

A montrer le beau fruit de sa belle victoire.

Sa femme l'accolant l'admire et le chérit.

Tous les siens en ont joie, et le ciel même en rit.

qu'il a d'aise à voir revenir pêle-mêle

Les vaches, les taureaux, et le troupeau qui bêle.

Lesàumailles marcher lentement pas a pas.

Et puis d'autre côté galoper le haras ;

A voir les bœufs ayant achevé leur journée,

Ramener sa charrue à l'envers retournée ;

Et dans sa basse-cour grand nombre de «es gens,

Chacun diversement s'employer diligens,

D'ailleurs force artisanS, qui rendent témoigna^ i

Qu'une riche abondance existe en ce ménage.

Page 1