LA JOURNÉE DE SENLIS
A chacun nature donne Des pieds pour le secourir :
Les pieds sauvent la personne; Il n'est que de bien courir.
Ce vaillant prince d'Aumale, Pour avoir fort bien couru, Quoy qu'il ait perdu sa male^ N'a pas la mort encouru.
Ceux qui estoyent à sa suittd Ne s'y endormirent point, Sauvants par heureuse fuitte Le moule de leur pourpoinct
Quant ouverte est la barrière, De peur de blasme encourir.
Ne demeurez point derrière :
Il n'est que de bien courir.
Courir vaut un diadesme, Les coureurs sont gens de bien.
Tremont et Balagny mesme, Et Congy le sçavent bien.
Bien courir n'est pas un vice, On court pour gagner le prix :
C'est un honneste exercice :
Bon coureur n'est jamais pris.
Qui bien court, est homme habile^ Et a Dieu pour son confort; Mais Chamois et Menneville Ne coururent assez fort.
Souvent celuy qui demeure Est cause de son meschef :
Celui qui fuit de bonne heuro, Peut combattre de rechef. ^
Il vaut mieux des pieds combaUie En fendant l'air et le vent, Que se faire occire ou bailro Pour n'avoir pris le devant.