SAUVEGARDE POUR LA MAISON DE BAIGNOLET
CONTRE LES REISTRES.
Empistolés au visage noirci.
Diables du Rhin, n'approchez point d'ici :
C'est le séjour des filles de Mémoire.
Je vous conjure en lisant le grimoire,
De par Bacchus, dont suivez les guidons,
Qu'alliez ailleurs combatre les pardons*.
Volez ailleurs, messieurs les hérétiques :
Ici n'y a ni chappes ni reliques.
Les oiseaux peints vous disent en leurs chants:
Relirez- vous, ne touchez à ces champs :
A Mars n'est point ceste terre sacrée,
Aies à Phœbus, qui souvent se recrée.
N'y gastez rien : et ne vous y jouez :
Tous vos chevaus deviendroient encloùés'.
Vos chariots, sans aisseûils et sans roues,
Demeureroient versés parmy les boues.
Encore un coup, sans espoir de retour,
Vous trouveriez le roi à Montcontour* :
Ou maudiriez vostre folle entreprise,
Rassiegeants Metz gardé du duc de Guyse :
Et en fuyant, batus et désarmés.
Boiriez de l'eau, que si peu vous aimez.
Gardez-vous donc d'entrer en ceste terre :
Ainsi jamais ne vous faille la guerre
Ainsi* jamais ne laissiez en repos
Le porc salle, les verres, et les pots :
Vaincueurs de soif, et vaincus de sommeil,
Ensevelis en vin blanc et vermeil.
Saies et nuds, vautrés dedans quelque auge.
Comme un sanglier qui se souille en sa baugo t
Brief, tous souhaits vous puissent advenir,
Fors seulement d'en France revenir
Qui n'a besoin, 6 estourneaus estranges.
De vostre main à faire ses vendanges.
tfCRTVATNS nu XVI» SIÈCLE. fi