‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 136 sur 231 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

bien heureux qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie, Parmy les champs, les forests et les bois.

Loin du tumulte et du bruit populaire ; Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux passions des princes et des roisi

Il n*a soucy d'une chose incertaine, H ne se paist d'une espérance vaine.

Nulle faveur ne le va décevant ; De cent fureurs il n'a l'ame embrasée, Et ne maudit sa jeunesse abusée. Quand il ne trouve à la fin que du vent.

Il ne fremist quand la mer courroucée Enfle ses flots, contrairement poussée Des vens esmeus soufflans horriblement :

Et quand la nuict à son aise il sommeille, Une trompette en sursaut ne l'esveille Pour l'envoyer du lict au monument.

L'ambition son courage n'attise,

D'un fard trompeur son ame il ne desguise,

Il ne se plaist à violer sa foy ;

Des grands seigneurs l'oreille il n'importune,

Mais en vivant content de sa fortune.

Il est sa cour, sa faveur, et son roy .

Je vous rens grâce, 6 deitez sacrées

Des monts, des eaux, des forests et des prées.

Qui me privez de pensers soucieux,

Et qui rendez ma volonté contente.

Chassant bien loin la misérable attente.

Et les désirs des cœurs ambitieux I

Dedans mes champs ma pensée est enclose.

Si mon corps dort mon esprit se repose.

Un soin cruel ne le va dévorant :

Au plus matin, la fraischeur me soulage.

S'il fait trop chaud, je me mets à l'ombrage. Et s'il fait froid, je m'eschauffe en courant.

Si je ne loge en ces maisons dorées, Au front superbe, aux voûtes peinturées D'azur, d'esmail et de mille couleurs.

Mon œil se paist des trésors de la plaine Riche d' œillets, de lis, de marjolaine, Et du beau teint des printanieres fleurs.

Dans les palais enflez de vaine pompe.

L'ambition, la faveur qui nous trompe, Et les soucis logent communément :

Dedans nos champs se retirent les fées, Reines des bois à tresses décoiffées.

Les jeux, l'amour et le contentement.

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