‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 150 sur 231 · CONTRE LES MOQUEURS · texte numérisé non relu

CONTRE LES MOQUEURS

il ne me chault des mocqueurs qui disent que nous en parlons bien à nostre aise, et ce n'est point à moy qu'ils s'attachent, d'autant qu'il n'y a rien icy de mon creu, comme on le croit. Autant en dis-je de tous les philosophes qui en prononcent leur sentence sans savoir comment : car puisqu'ils ne veulent escouter Dieu lequel parle à eulx pour les enseigner , je les adjoume devant son siège judicial, là où ils oiront sa sentence> contre laquelle il ne sera plus question de re-

plicquer. Puisqu'ils ne daignent maintenant Touîr comme mdstre, ils le sentiront alors leur juge en despit de leurs dents. Les plus habiles et les plus rusez se trouveront icy trompez en leur compte. Qu'ils soient slylez tant qu'ils voudront à renverser ou obscurcir le droict : leurs chapperons fourrez auxquels ils se mirent , et en s'y mirant s'aveuglent; ne leur* donneront point la cause gaignée. Je dis ceci^ pour ce que messieurs les conseilliers^ juges et advocas, non seulement entreprennent de plaider contre Dieu, pour avoir privilège de se mocquer de luy : mais en rejectant toute TEscripture Saincle, desgorgent leurs blaspbesmes, comme des arrests souverains. Et tels marmousets seront si orgueilleux, qu'après qu'ils auront dict ce mot, ils ne pourront souffrir que raison ne vérité ait lieu. Si est*ce qu'en passant, je leur annonce qu'il vauldroit beaucoup mieux qu'ils pensassent quelle horrible vengeance est apprestée à tous ceulx qui convertissent la vérité en mensonge. Que les docteurs de chambre et de table ne prennent point icy un degré trop hault pour eulx , c'est de gergonner contre le Maistre céleste, auquel il nous convient tous donner audience. Les beaulx titres ne feront yci rien pour exempter personne, sinon que messieurs les abbés, prieurs, doyens et archediacres seront coQtraincts mener la danse en la condamnation que Dieu fera. Si messieurs les courtisans ont accoustumé de contenter les hommes par leur eau beniste, qu'ils n'attendent pas de faire le semblable à Dieu. Que tous gaudisseurs se déportent de donner leurs coups de bec, jecter leurs brocars accoustumez, s'ils ne veulent sentir la main forte de Celuy à la parolle duquel ils devroyent trembler. C'est un abus trop lourd de se faire accroire qu'en me prenant à partie, ils n'auront plus Dieu pour juge. Qu'ils raclent mon nom de leurs papiers en ceste matière, d'autant que je ne preten sinon que Dieu soit escouté et obéi, et non pas de gouverner les consciences à mon appétit, ne de leur imposer nécessité ou loy. — Quant aux autres qui ne rejectent point la parolle de Dieu en telle fierté, et cependant toutesfois sont si infirmes et lasches, qu'on ne les peut faire bouger, je les exhorte qu'ils pensent un peu mieuU à eulx, pour ne se plus flatter comme ils ont faict.

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