‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 149 sur 231 · UN MARTYR · texte numérisé non relu

UN MARTYR

Un jeune homme, qui a icy habité avec nous, estant pris en la ville de Toumay, fut condamné à avoir la teste tranchée s'il se desdisoit, et à estre bruslé tout vif s'il persistoit en son propos. Quand on luy demanda ce qu'il vouloit faire, il répondit simplement : Celui qui me fera la grâce de mourir patiemment pour son nom, me fera bien la grâce d'endurer le feu. Nous devons prendre ceste sentence, non pas comme d'un homme mortel, mais comme du Saint-Esprit, pour nous asseurer que Dieu n'est pas moins puissant à nous fortifier, et rendre victorieux contre les tourmens , qu'à nous faire prendre une plus doulce mort en gré. Et ainsi, que les fidèles apprennent d'eslever la teste hault à ceste couronne d'immortalité et gloire à laquelle Dieu les convie, afin qu'il ne leur fasse point mal de quitter la vie présente pour un tel loyer; et pour estre asseurez de ce bien inestimable qu'ils ayent tousjours devant les yeux cette conformité qu'ils ont avec nostre Seigneur Jésus pour contempler la vie au milieu de la mort, comme luy par l'opprobre de la croix est parvenu à la résurection glorieuse en laquelle gist toute nostre félicité, joye et triomphe.

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