‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 163 sur 231 · ÉCRIYAIN9 DU XVI» SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉCRIYAIN9 DU XVI» SIÈCLE

j46 prose.

ncur et amitié que je vous porte, estant aussi jaloux du vostre que du mien. Ne faictes donc estât de moy, non plus que si j'estoisd^à mort.» Sur quoy je veis la plusparl dé la compaignie ayant les larmes aux yeulx. Et ayant ung peu reprins haleine, je suivis mon proupos : « Vous estes icy beaucoup de cappitaines aussi sufûsans que moy, pour commander; vous avés de bons et vaillans hommes, qui auront à présent double couraige pour venger leur chef. Je m'asseure qu'il n'y a nul de vous qui ne cède à monsieur de Gondrin que voilà : car oultre qu'il est de la meilleure maison, c'est aussi le plus vieulx cappitaine de tous vous aultres. Et parce qu'il n'est pas beaucoup sain, je vous pry, monsieur de Sainctorens, et vous messieurs de Goas, et de Madailian, vous loger près de lui, car il est vieulx, comme vous voyés, et fauldra que vous trois, qui estes jeunes, portiés toule la peine. Soyés bien d'accord, je vous pry, puisque vous avés tous bonne volonté. Ma blessure sera cause, si vous faictes quelque chose de bon, que vous acquerrez de l'honneur. Pour Dieu, mes compaignons, ne laissés au bon du coup ceste entreprinse, et à son commencement. Suyvés sur cest estonnement, et monstrez que ce n'est pas moi seulement, mais vous aultres aussi, qui avés bonne part à la victoire. Ne le voulés-vous pas ainsi, et accepter pour chef monsieur Gondrin? » Ils me dirent qu'ouy, et que c'estoit raison qu'il commandast. Alors je les priay de ne me veoir plus afin de n'empirer ma fièvre, et se retirer tous à lui. Ainsi ils se despartirent de moy bien tristes et ennuyés. .

Page 1