‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 197 sur 231 · POUR LE TIERS ESTAT · texte numérisé non relu

POUR LE TIERS ESTAT

Par Nostre Dame, Messieurs, vous nous Tavez baillée belle. Il n'estoit ja besoin que nos Curez nous preschassent qu'il falloit nous desbourber et desbourbonner^.A ce que je vois par vos discours^ les pauvres Parisiens en ont dans les bottes bien avant, et sera prou difficile de les desbourber. Il est désormais temps de nous appercevoir que le faux GathoIicon'^d'Ëspagne est une drogue qui prend les gens par le nez : et n'est pas sans cause que les autres nations nous appellent caillettes, puisque comme pauvres cailles coiffées, et trop crédules, les prédicateurs et sorbonistes, par leurs cailiets enchanteurs, nous ont fait donner dans les retz des tyrans, et nous ont par après mis en cage, renfermez dedans nos murailles pour apprendre à chanter. Il faut confesser que nous sommes pris à ce coup, plus serfs, et plus esclaves que les chrestiens en Turquie et les juifs en Âvignon^.Nous n'avons plus de volonté, ny de voix au chapitre. Nous n'avons plus rien de propre, que nous puissions dire cela est mien : tout esta vous. Messieurs, qui nous tenez le pied sur la gorge, et qui remplissez nos maisons de garnisons. Nos privilèges et franchises anciennes sont à vau l'eau : nostre hostel de ville que j'ay veu estre l'asseuré refuge 4u secours des Roys en leurs urgentes affaires, est à la boucherie^: nostre cour de Parlement est nulle : nostre Sorbonne est au pilori et PUniversité devenue sauvage. Mais Peztremité de nos misères est^ qu'entre tant de malheurs, et tant de nécessitez, il ne nous est permis de nous plaindre, ny demander secours, et faut qu'ayant la mort entre les dents , nous disions que nous nous portons bien, et que sommes trop heureux d'eskre malheureux pour une si bonne cause.

Paris qui n*est plus Paris, mais une spelunque debestes farouches , une citadelle d*Espagnols, Wallons, et Napolitains : un asyle et seure retraite de voleurs, meurtriers et assassinateurs, ne veux tu jamais te ressentir de ta dignité, et te souvenir qui tu as été, au prix de ce que tu es ? Ne veux-tu jamais te guérir de cette frénésie , qui pour un gentil et gracieux roy, t'a engendré cinquante roytelets, et cinquante tyrans ? Te voilà aux fers, te voilà en l'inquisition d'Espagne, plus intolérable mille fois, et plus dure à supporter aux esprits nez libres et francs, comme sont les François, que les plus cruelles morts, dont les Espagnols sesçauroientadviser. Tuifas peu supporter une légère augmeotation de tailles, et d'offices, et quelqlies nouveaux Edicts qui ne t'importoient nullement: mais tu endures qu'on pille tes maisons, qu'on te rançonne jusques au sang, qu'on emprisonne tes Sénateurs, qu'on chasse et bannisse tes bons Citoyens et Conseillers : qu'on pende , qu'on massacre tes principaux Magistrats : tu le vois, et tu l'endures : tu ne l'endures pas seulement, mais tu l'approuves, et le loues, et n'oserois, et ne sçaurois faire autrement Tu n'as peu supporter ton Roy débonnaire*,si facile , si familier , qui s'estoit rendu comme concitoyen, et bourgeois de ta ville, qu'il a eurichie , qu'il a embellie de somptueux bastimens , accreuê de forts et superbes ramparts, ornée de privilèges et exemptions honorables. Que dis-je ? peu supporter ? c'est bien pis : tu l'as chassé de sa ville, de sa maison, de son lict : quoy chassé? tu l'aspdursuivy : quoy poursuivy ? tu l'as assassiné : canonizé l'assassinateur, et fait des feux de joye de sa mort. Et tu vois maintenant combien cette mort t'a profité, car elle est cause qu'un autre est monté en sa place, bien plus vigilant, bien plus laborieux, bien plus guerrier , et qui sçaura bien te servir de plus près, comme tu as a ton dam déjà expérimenté.

LA PROCESSilON DE LA LIGUE.

Monsieur le duc de Mayenne, lieutenant de l'Estat et couronne de France, le duc de Guise, le connestable d'Aumale, le comte de Chaligny, princes lorrains et les autres députés d'Espagne, Flandres, Naples et autres villes de l'union, estant assemblés à Paris, pour se trouver aux Estats convoqués au dixiesme février 1593, voulurent que, devant que commencer un si sainct œuvre, fust faicte une procession pareille à celle qui fut jouée en la présence de monsieur le cardinal de Cayetan. Ce qui fut aussitost dit, aussitost faict : car monsieur Roze, naguères évesque de Senlis, et maintenant grand maistre du collège de Navarre, et recteur de l'Université, fit le lendemain dresser l'appareil et les personnages par son plus ancien bedeau.

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