SATIRE MÉNIPPÉE
La procession fut telle : Le dit recteur Roze, quittant sa capeluche rectorale, prist sa robe de maistre-ès-arts avec le camail et le ro« quet, et un hausse-col dessus ; la barbe et la teste rasée tout de fraiz, Tespée au costé, et une pertuisane sur Téspaule. Les curés Amilton, Boucher et Lincestre, un petit plus bizarrement armés, faisoyent le premier rang, et devant eux marchoyent trois moynetons et novices, leurs robes troussées, ayants chacun le casque en teste dessoubs leurs capuchoms, et une rondache pendue au col, où estoyent peinctes les armoiries et devises des dits seigneurs. Maistre Julian Pelletier, curé de Saint-Jacques , marchoit à costé, tantost devant, tantost derrière , habillédeviolet en gendarme scholastique, la couronne et la barbe faicte de fraiz, une brigandine sur le dos, avec Pespée et le poignard, et une hallebarde sur Tespaule gauche en forme de sergent de bande, qui suoit, poussoit et haletoit, pour mettre chacun en rang et ordonnance.
Puis suyvoient, de trois en trois , cinquante ou soixante religieux, tant cordeliers que jacobins, carmes, capuchins, minimes, bonshommes, feuillants, et autres, tous couverts avec leurs capuchons et habits, agrafez, armez à Tantique. Entre autres il y avoit six capuchins ayant chacun un morion en teste, et au-dessus une plume de coq, revétuz de cottes démailles, l'espée ceinte au costé par dessus leurs habits, l'un portant une lance, l'autre une croix, l'un un espieu, l'autre une barquebuse, et l'autre une arbalesie, le tout rouillé, par humilité catholique. Les autres presque tous avoyent des piques qu'ils bransloyent souvent, par faute de meilleur passe-temps, horsmis un feuillant boiteux qui, armé tout à crud sefaisoit faire place avec une espéeà deux mains, et une hache d'armes à sa ceinture, son bréviaire pendu par derrière, et le faisoit bon veoir sur un pied faisant le moulinet devant les dames.
A la queue, il y avoit trois minimes, tous d'une parure, sçavoir est, ayants sur leurs habits chacun un plastron à corroyés et le derrière descouvert, la salade en teste, l'espée et pistolet à la ceinture, et chacun une harquebuse à croc sans fourchette. Derrière estoit le prieur des jacobins en fort bon poinct, traînant une halebarde gaus^ère, et armé à la légère en morte-paye ; je n'y veys ni chartreux xii célestins, qui s'estoyent excusés sur le commerce. Mais tout cela marchoit en moult belle ordonnance, et sembloyent les anciens cranequiniers de France. Ils voulurent en passant faire une salve, ou escoupèterie ; mais le légat leur deffendit, de peur qu'il ne luy mésadvinty ou à quelqu'un des siens, comme au cardinal Cayetan*.
Après ces beats pères marchoyent les quatre mendiants , qui avoyent multiplié en plusieurs ordres tant ecclésiastiques que séculiers ; puis les paroisses ; puis les Seize, quatre à quatre, réduits au nombre des apostres^et habillés de mesme, comme on les joue à la Feste-Dieu. Après eux marchoyent les prévost des marchands et es- < chevJns, bigarrez de diverses couleurs, puis la cour de parlement
ÉCRIVAINS DU XVi* SIÈCLE. > IG
telle quelle; les gardes italiennes^ espagnoles et wallonnes de monsieur le lieutenant, puis les cent gentilshommes de fraiz graduez par la saincte union, et après eux quelques vétérinaires de la confrérie de Sainct-Éloy. Suivoyent après monsieur de Lyon tout doucement, le cardinal de Pellevé tout bassement, et après eux monsieur le légat, vray miroir de parfaicte beauté*, et devant luy marôhoit le doyen de Sorbohne, avec la croix où pendoyent les bulles du pouvoir.
Item venoit madame de Nemours représentant la royne-mère ou grande-mère du roy futur, et luy portoit la queue mademoiselle de la Rue, fille de noble et discrète personne monsieur de la Rue, cidevant tailleur d'habits sur le pont Sainct-Michel, et maintenant un des cent gentilshommes et conseillers d'Estat de l'union, et la suivoyent madame la dousûrière de Montpensier, avec son eschaipe verte fort sale d'usage, et madame la lieutenante de l'Estat et couronne de France, suyvie de mesdames de Belin et de Bussy le Clerc.
Alors s'avançoit et faisoit veoir monsieur le lieutenant et devant luy deux massiers fourrez d'hermines , et à ses flancs deux Wallons portants hoquetons noirs, tout parsemez de croix de Lorraine rouges, ayants devant et derrière une devise en broderie, dont le corps représentoit l'histoire de Phaêton, et estoit le mot : m hagnis voluissb sat