‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 208 sur 231 · labUau de la poésie, p · texte numérisé non relu

labUau de la poésie, p

cite comme une des autorités de la vieille école : « Nos hons poètes françoys sont, entre les vieulx : Alain Chartier et Jean de Meung ; et, entre les jeunes : Marot, Sainct^Gelais, Salel, Hetoêt, Scève et tant d'aultres bons esprits. » A la mort de François !•', Scève retourna dans sa province ; c'est vers cette époque que, se détachant de ses anciens amis pour se rallier à l'école nouvelle, il lia une étroite amitié avec Joachim Du Bellay, Olivier de Magny et quelques-uns des membres de la Pléiade. Ses vers précieux et tourmentés trouvèrent grâce devant ses nouveaux amis, et Du Bellay le loue précisément de ce dédain de la clarté et de cet extrême raffinement qui nous rend les vers de Scève, et principalement son poème de Délie, à peu près incompréhensibles aujourd'hui. Pasquier, dans ses Recherches sur la France (liv. VII, 7), avouait déjà que Scève ne s'était point préoccupé de rendre ses vers intelligibles au eommunpeuple : « Tous ceux dont j'ai parlé ci-dessus étaient comme une pépinière sur laquelle furent depuis « entés plusieurs autres grands poètes sous le règne de Henri deuxième. « Ceux-ci, du commencement, firent profession de plus contenter leurs « esprits que l'opinion du commun peuple. Le premier qui franchit le «pas fut Maurice Scève, lyonnais, lequel, ores qu'en sa jeunesse eût « suivi la piste des autres, si est-ce qu'arrivant sur Tàge il voulut « prendre autre train, se mettant en butte, à l'imitation des Italiens, «une dame qu'il célébra sous le nom de Délie, non en sonnets (car «l'usage n'en était encore introduit), ains par dixains continuels; mais « avec un sens si ténébreux et obscur que, le lisant, je disais être très- « content de ne l'entendre, puisqu'il ne voulait être entendu. Du Bellay, « le reconnaissant avoir été le premier en ce sujet, disait, en un sonnet « qu'il lui adressa :

Gentil esprit, ornement de la France, Qni, d*Apo11on saintement inspiré, T'es le premier du peuple retiré Loin du chemin tracé par l'ignorance.

«Et, au cinquante-neuvième sonnet de son Olive, il l'appelle cygne s nouveau, voulant dire que, par un nouveau dessein, il avait banni « rignorance de notre poésie; et tou^fois la vérité est qu'il affecta une « obscurité sans raison, qui fut cause que son livre mourut avec lui : « du moins ne vois-je point que depuis il ait couru par nos mains. » Scève présida pendant longtemps au mouvement poétique qui, dans tout le Lyonnais, fut pendant vingt années plus important que partout ailleurs. Pontus de Thyard, l'évoque de Châlon, lui dédiait son livre des Erreurs amoureuse^ Olivier de Magny ses Regrets^ et Louise

labbé, la belle cwdière, se complut trop souvent dans l'imitation des obscurités de Délie, Scèye mourut en 1564. Le poëme de Délie, Ohject de plus hauite vertu, imprimé à Lyon en 1 544, se compose de 458 dizains qui sont à peu près illisibles : nous citerons seulement les deux suivants, comme échantillon de la manière du poëte :

Qnand quelqueBfoys d'elle à elle me plaings, Et que son tort je lay fais recongnoistre, De ses yealz clers dlionneste coarroux plains Sortant rosée en playe vient à croistre.

Mais comme on voit le soleil apparoistre Sar le printemps parmy Tair pluvieux.

Le rossignol, à chanter curieux, S'esgaye alors, ses plumes arrousant :

Ainsi Amour aux larmes de ses yeulx Ses ailes baigne, à gré se reposant*.

Le painctre peult de la neige dépeindre

La blancheur telle à peu près qu*on peult voir;

Mais il ne sçait à la froideur atteindre,

Et moins la faire à Toeil apercevoir.

Ce me seroit moi-mesme décevoir,

Et grandement me pourroit-^n reprendre.

Si je taschois à te faire comprendre

Ce mal qui peult voire Tàme opprimer,

Que d'un objet, comme peste, on voit prendre.

Qui mieux se sent qu'on ne peult exprimer*

Page 19, 1. 1. Pierre de Ronsard, né le 11 septembre 1524, au château de la Poissonnière (Vendomois), mort le 27 décembre 1585, au prieuré de Saint-Cosme-en-risle, près de Tours. Sa famille était noble et originaire des pays du Danube. Il étudia au collège de Navarre entra ensuite au service du duc d'Orléans, fils de François I", puis à celui de Jacques d'Ecosse, qui Temmena dans ses États et l'y retint trois années, revint auprès du duc d'Orléans, fut adjoint à diverses ambassades et fit encore un voyage en Ecosse. Il suivit ensuite Lazare de Baîf dans son ambassade en Allemagne, à la diète de Spire et enfin du BeUay-Langey en Piémont. Une surdité, dont il fut alors frappé, mit fin à cette vie errante. Il résolut de se vouer à l'étude se retira au collège de Coqueret et y passa sept années (1542-1549)* ayant pour maître le savant Daurat, et pour condisciples Beau-Antoine de Baîf, fils de Lazare, Rémy Belleau, Muret et Joachim Du Bellay.

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