A CASSANDRE
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait desclose Sa robe de pourpre au soleil A point perdu cette vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil.
Las I voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place.
Las ! las t ses beautez laissé cheoir 1 vrayment marastre Nature, Puis qu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir I
Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne
PIEBRE DE RONSARD.
En sa plus verte nouveauté , Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur, la vieillesse Fera ternir vostre beauté.
A LA FONTAINE BELLERIEN
fontaine Belleriel Belle déesse chérie De nos nymphes, quand ton eau Les cache au fond de ta source, Fuyantes le satyreau Qui les pourchasse à la course Jusqu'au bord de ton ruisseau,
Tu es la nymphe étemelle De ma terre paternelle.
Pour ce, en ce pré verdelet, Voy ton poëte qui t'orne D'un petit chevreau de lait, A qui l'une et l'autre corne Sortent du front nouvelet.
Tousjours Testé je repose Près ton onde, où je compose.
Caché sous tes saules vers, Je ne sçay quoy qui ta gloire Envoira par l'univers.
Commandant à la mémoire Que tu vives par mes vers.
L'ardeur de la canicule Jamais tes rives ne brûle.
Tellement qu'en toutes pars Ton ombré est espaissè et drue . Aux pasteurs venans des parcs, Aux bœufs las de la charrue Et au bestial espars.
lo, tu seras sans cesse Des fontaines la princesse, Moy célébrant le conduit Du rocher percé qui darde Avec un enroué bruit L'eau de ta source jazarde, Qui trepillante se suit.