‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 97 sur 231 · AD SIEUR ROBERTET · texte numérisé non relu

AD SIEUR ROBERTET

Il estoit minuict, et l'Ourse De son char tournoit la course Entre les mains du Bouvier, Quand le somme vint lier D'une chaine sommeillere Mes yeux clos sous la paupière.

Ja, je dormois en mon lit, Lorsque j'entr'ouy le bruit D'un qui frapoit à ma porte. Et heurtoit de telle sorte Que mon dormir s'en alla.

Je demànday : < Qu'est-ce là Qui fait à mon huis sa plainte?

— Je suis enfant, n'aye crainte, « Ce me dit-il. Et adonc Je lui desserre le gond De ma porte verrouillée.

« J'ay la chemise mouillée, Qui me trempe jusqu'aux oz.

Ce disoit, car sur le doz Toute nuict j'ay eu la pluie; Et pour ce je te supplie De me conduire à ton feu Pour m'aller seicher un peu. »

Lors je prins sa main humidoi Et par pitié je le guide En ma chambre, et le fis seoir Au feu qui restoit du soir; Puis, allumant des chandelles.

Je vy qu'il portoit des ailes, Dans la main un arc turquois.

Et sous l'aisselle un carquois.

Adonc en mon cœur je pense Qu'il avoit grande puissance,

Et qu'il falloit m'apprester Pour le faire banqueter.

Ce pendant il me regarde D'un œil, de l'autre il prend garde Si son arc estoit séché ; Puis, me voyant empeschô A luy faire bonne chère, Me tire une flèche amere Droict en l'œil, et qui de là Plus bas au cœur dévala, Et m'y fit telle ouverture Qu'herbe, drogue ny murmure*, N'y serviroient plus de rien.

Page 1