XIV INTRODUCTION
commc forme, bergerot (petit berger), musequin (petit museau, d6rrv6 du vieux fr. muse, museau, avec le suffixe diminutif quin, que nous retrouvons dans mannequin, bouquin), etc., soit comme sens [filet pour petit
fil):
Icy, deux bergerot* sur remaiUl rivage
Font a qui mieux courra pour le pris d'une cage.
Bartas, 82.
Le sort vous a tranche le filet de yos jours.
BaIp, 66.
j Armant d'un petit poil folet
/ Son musequin damoiselet
Bellay, 54.
Le satyreau '
Qui lcs pourchasse a la course.
Rons. 25.
§ 8. On trouve un nombre plus considerable qu'au- i
jourd'hui d'adjectifs pris au sens absolu et faisant fonc- '
tion de substantifs : Vefficace (pour Vefficacit6), qui est
encore dans Bossuet, le chaud, le clair, le subit, pour la
chalcur, la clart6, la soudainet6 :
Exauce-moi du ciel, seul fort, bon, sage et beau, Qui donne au jour le clair, et le chaut a la flamme.
Aub. 89.
La vertu, propri6t6, efficace et nature des aliznens.
Rab. 119.
Les circonstances menues piquent et touchent plus vifvement que le gros de la chose, et le subit mesme.
Charr. 229.
§ 9. On trouve en outre des substantifs verbaux 1 que nous n'avons point conserves, comme le plonge dc plonger, le reclame de reclamer, etc....
Comme un nageur venant du profond de son plonge, \
Tous sortent de la mort oomme Ton sort d'un songe. '
Aub. 91.
1. C'est-a-dire des substantifs tire's de l'infinitif du vcrbe en supprimant la terminaison, comme appcl, rcpli, galop, etc.... tirfo de appear, replier, galoper, etc....
RAMMAIRE DE LA LANGUE DU XVI* SlfiCLE. XT
i premier reclame qu'il oyt de sa vraie mere, il quitte la perdrii
inneuse.
S. Francois de Sales, 247.
10. Le present de l'infinitif fournit (comme en franmoderne) un grand nombre de substantifs (le philoher, I'imaginer, le vivre, le partir, le mawrir, le mir, le midire, le dSpartir, le chanter, le broncher, %ire y le vouloir pour: la philosophic, l'imagination, ^e. exc...
tous instans rcpresentons-la a nostre imagination, au broncher cheyal, a la cheute d'une taille....
Mont. 206.
Je t'ay laisse* dire tout ce que tu as voulu, et tant que tu as voulu, jamais dire mot. » Voil&pas un taire parlier et bien intelli-
Mont. 222.
Et si le chanter m'agree.
BaIf, 64.
land ce vint au departir, cela faisoit d'un cost6 pi tie a veoir.
Amyot, 157.
II heurtoit de telle sorte Que man dormir s'en alia.
Rons. 27.
lis rampent bassement, foibles dlnventions, Et n'osent, peu hardis, tenter les fictions,
Froids d Vimaginer
Reg.i. 99.
Or cela n'est que jeu dont je no fay que rire Et youdrois que ce fust le plus de ton mesdire.
Et qui pis est, co mal, qui m'afflige au mourir, S'obstine aux recipez et ne se veut guarir.
Regn. 103.
Puisqu'au partir, rong6 de soin et d'ire, A ce bel ceil l'adieu je n'ay sceu dire.
Rons. 20.
Mais, n'en dlplaise aux vleux, ni leur philosopher, Ni tant de beaux 6crits qu'on lit dans leurs Icoles, Pour s'affranchir l'esprit, ne sont que des parole*.
xvi Introduction.
Mais la mort n'est pas loin; cette mort est suivie D'un vivre sans mourir, fin d'une fausse vie. ,
Aub. 89.
Toutefois aujourd'hui cette orgueilleuse Rome, Sans bien, sans liberty ploye au vouloir d'un homme.
Garn. 72.
§11. Leparticipe present, qui nous a fourni nombro de substantias (un tranchant, le se*ant, un servant, un vivcmt, etc....), 6tait trfcs-employ6 pour cet usage:
La seule lyre douce L'ennuy des coeurs repousse, Et va l'esprit flatant De Vescoulant.
Rons. 33*
Section IV. Syntaxe.
§ 12. L'ellipse du substantif r£p£t6 est admise devant un adjectif ou devant un complement : une langue plus belle que la frangaise :
Portes, un neu autre que le vulgaire A pu coupler nos esprits alliez.
BaIf, 64.
S'ils ont coeur de lyons, yous leur ferez venir de moutons.
Montl. 348.
§ 13. Le rapport de Fobjet poss6d6 au possesseur, que nous rendons par la proposition de, s'exprime souvent, iu seizieme siecle, par la proposition a :
Qu'il me fist donner de Vargent au roy pour faire de la vaisselle d'argent.
Montluc.
Le vieux fran$ais disait de meme la maison a Gautier, le cheval a Guillaume, et nous disons encore la barque a Caron, le denier a Dieu, la vache a Colas; Moliere a employe au pour du:
La peste de ta chute, empoisonneur au diable.
GRAMMAIRE DE LA LANGUE DU XVF SlfiCLE. XVn
vers, qui, dans bien des Editions, est faussement ponctu6 : empoisonneur, au diable.