‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 103 sur 212 · DU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

DU PRINTEMPS

La froidure paresseuse De Pyver a fait son temps; Vdicy la saison joyeuse Du delicieux printems.

La terre est d'herbes ornee, L'nerbe de fleuretes Test ; La feuillure retourn6e, Fait ombre dans la forest.

De grand matin la pucelle Va devancer la chaleur, Pour de la rose nouvelle Cueillir l'odorante fleur.

Pour avoir meilleure grace, Soit qu'elle en pare son seki, Soit que pr6sent elle en fasse A son amy, de sa main ;

Qui de sa main 1'ayant ue Pour souvenance d'amour, Ne la perdra point de vue, La bahant cent fois le jour.

Mais oyez dans le bocage Le flageolet du berger, Qui agace le ramage Du rossignol bocage r

64 POfiSIB.

Voyez Ponde clere et pure Se cresper dans les ruisseaux; Dedans, voyez la verdure De ces voisins arbrisseaux.

La mer est calme et bonasse; Le ciel est serein et cler, La nef jusqu'aux Indes passe; Un bon vent la fait voler.

Les menageres avetes Font ca et la un doux fruit, Voletant par les fleuretes Pour cueillir ce qui leur duit

En leur ruche elles amassent Des meilleures fleurs la fleur, C'est afin qu'elles en fassent Du miel la douce liqueur.

Tout resonne des voix nettes De toutes races d'oyseaux, Par les chams des alouetes, Des cygnes dessus les eaux.

Aux maisons, les arondelles, Les rossignols, dans les boys, En gayes chansons nouvelles Exercent leurs belles voix.

Doncques la douleur et l'aise De l'amour je chanteray, Comme sa flame ou mauvaise, Ou bonne, je sentiray.

Et si le chanter m'agree, N'est-CQ pas avec raison, Puis qu'ainsi tout se recr6e Avec la gaye saison?

Page 1