DU BARTAS
Un nuage paudreux s'esmeut dessous leurs pas, lis marchent et de teste, et de pieds, et de bras : lis fondent tout en eau : une suyvante presse Semble rendre en criant plus viste leur vistesse. Icy, deux boeufs suans, de leur cols harassez, Le coutre fend-gueret tralnent a pas forcez.
Icy, la pastourelle a travers une plaine, A l'ombre, d'un pas lent son gras troupeau rameine. Cheminant, elle file, et a voir sa facon, On diroit qu'elle entonne une douce chanson.
Un fleuve coule icy, la naistune fontaine; Icy s'eleve un mont, la s'abaisse une plaine; Icy fume un chasteau, la fume une cite ; Et la flotte une nef sur Neptune irrite\
Bref, Tart si vivement ezprime la nature Que le peintre so perd en sa propre peinture : N'enpouvant tirer l'oeil, d'autant qu'ou plus avant II contemple son oeuvre, il se void plus scavant. Ainsi ce grand Ouvrier, dont la gloire fameuse J'esbauche du pinceau de ma grossiere Muse, Ayant ces jours passez, d'un soin non soucieuz, D'un labeur sans labour, d'un travail gracieux, Parfait de ce grand Tout Pinfiny paysage, Se repose ce jour, s'admire en son ouvrage, Et son oeil qui n'a point pour un temps autre objet, Recoit l'espere* fruit d'un si brave projet.
Si le begayement de ma froide eloquence Peut parler des projets d'une si haute essence, II void ore comment la merporte-vaisseaux Pour hommage recoit de tous fleuves les eaux. II void que d'autre part le Ciel ses ondes bume, Sans que le tribut l'enfle, ou le feu le consume. II void de ses bourgeois les fecondes amours : De ses flus et reflus il contemple le cours, Sur qui le front cornu de l'estoile voisine, D'un aspect inconstant, et nuict et jour domine. 11 oeillade tantost les champs passementez Du cours entortille des lleuves argentez.
Or il prend son plaisir a voir que quatre f re res* Soustiennent l'Univers par leurs efforts contraires : Et comme l'un par temps en l'autre se dissout, Tant que de leur debat naist la paix de ce Tout; 11 s'egaye tantost a contempler la course Des cieux glissant autour de la Croix et de l'Ourse, Et comme sans repos, or' sus, or' sous les eaux, Par cbemins tout divers ils guident leurs flambeaux.
POJSSIK
Or il prend ses esbats a voir comme la flamme, Qui ccrne ce grand Tout, rien de ce Tout n'enflamme ; Comme le corps glissant des non solides airs Peut porter tant d'oiseaux, de glacons et de mers; Comme l'eau, qui tousjours demande la descente, Entre la terre et l'air se peut tenir en pente; Comme l'autre element se maintient ocieux, Sans dans l'eau s'enfondrer, ou sans se joindre aux cieu* Or' son nez, a longs traits odore une grand'plaine, Ou commence a flairer l'encens, la marjolaine, La canelle, l'oeillet, le nard, le rosmarin, Le serpolet, la rose, et le baume, et le thin.
Son oreille or' se plaist de la mignarde noise Que le peuple volant par les forests desgoise : Car, bien que ohaque oiseau, guide d'un art sans art, Dans les bols verdoyans tienne son chant a part:, Si n'ont-ils toutefois tous ensemble pour verbe Que du Roy de ce Tout la louange superbe.
Et bref, l'oreille, I'oeil, le nez du Tout-Puissant, En son ceuvre n'oit rien, rien ne void, rien ne sent, Qui ne presche son los, ou ne luise sa face, Qui n'espande partout les odeurs de sa grace. Mais, plus que tous encor, les humaines beautez Tiennent du Tout- Puissant tous les sens arrestez : L'hoinme est sa volupt£, l'homme est son saint ima; <■, Et pour ramour de l'homme il aime son 6uvrag6.