CHANSON
bien heureux qui peut passer sa vie Enlre les si en 9, franc de haine et 4'envie, Parmy les champs, les forests et les bois, Loin du tumulte et du bruit populaire; Et qui ne vend sa liberty pour plaire 4ux passions dea, princes et ges rp|s|
86 POfiSIE,
II n'a soucy d'ane chose incertaine, Ii ne se paist d'une esperance vaiQO, Nulle faveur ne le va decevant ; '
De cent fureurs il n'a Tame embras£e, Et ne ma adit sa jeunesse abusee, Quand il ne trouve a la fin que du vent.
II ne fremist quand la mer courrouc£e Enfle ses flots, contrairement pouss£e Des vens esmeus soufflans horriblement :
Et quand la nuict a son aisc il sommeille, Une trompette en sursaut ne l'esveille Pour l'envoyer du lict au monument.
L'ambition son courage n'attise,
D'un fard trompeur son ame il ne desguise,
Il ne se plaist a violer sa foy ;
Des grands seigneurs i'oreille il n'importune,
Mais en vivant content de sa fortune,
II est sa cour, sa faveur, et son roy.
Je vous rens grace, 6 deitez sacrees
Des monts, des eaui, des forests et des pries.
Qui me privez de pensers soucleux,
Et qui rendez ma volonte* contente,
Chassant bien loin la miserable attente,
Et les desirs des coeurs ambitieux 1
Dedans mes champs ma pensee est enclose.
Si mon corps dort mon esprit se repose, Un soin cruel ne le va devorant :
Au plus matin, la fraischeurme soulage, S'il faittrop chaud, je me mets a l'ombragc, Et s'il fait froid, je m'eschauffe en courant.
Si je ne loge en ces maisons dorees, Au front superbe, auz voutes peinturees D'azur, d'esmail et de mille couleurs, Mon ceil se paist des tresors de la plaine Riche d'ceillets, de lis, de marjolaine, Et du beau teint des printanieres fleurs.
Dans les palais enflez de vaine pompe, L'ambition, la faveur qui nous trompe, Et les soucis logent communement :
- Dedans nos champs se retirent les tees, Roines des bois a tresses decoiffges, Les jeux, I'amoui et te contentemenU ,