‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 122 sur 212 · L'HYVER · texte numérisé non relu

L'HYVER

Mes volages humeurs, plus sterilles que belles, S'en vont; et je leur dis : Vous sentez, irondelles, S'esloigner la chaleur et le froid arriver.

Allez nicher ailleurs, pour ne tascher, impures, Ma couche de babil et ma table d'ordures ; Laissez dormir en paix la nuict de mon hyver.

D'un seul poinct le soleil n'esloigne 1'hemi sphere; II jette moins d'ardeur, mais autant de lumiere. Je change sans regrets, lorsque je me repens Des frivcles amours et de leur artifice.

J'ayme l'hyver qui vient purger mon coeur de vice, Comme de peste l'air, la terre de serpens.

Mon chef blanchit dessous les neiges entassees,

Le soleil, qui reluit, les eschauffe, glacees,

Ifais ne les peut dissoudre, au plus court de ses mols,

Fondez, neiges ; venez dessus mon coeur descendre,

Qu'encores il ne puisse allumer de ma cendre

Du brazier, comme il fit des flammes autrefois.

Mais quoil serai-je esteint devant ma vie esteinte'

Ne luira plus sur moi la flamme vive et sainte,

Le zele flamboyant de la sainte maison?

Je fais aux saints autels holocaustes des restes*,

De glace aux feux impurs, et de naphte aux celestes :

Glair et sacr6 flambeau, non funebre tison 1

AGRIPPA O'AUBIGNfi. 89

Voici moins de plaisirs, mais voici znoins de peines. Le rossignol se taist, ge taisent les Sereines : Nous ne voyons cueillir ni les fruits ni les fleurs; L'esperance n'est plus bien souvent tromperesse; L'hy ver jouit de tout. Bienheureuse vieillesse La saison de l'usage, et non plus des labours 1

Mais la mort n'est pas lojn ; cette mort est sum* D'un vivre sans mourir, fin (J'une fausse yie : Vie de nostre vie, et mort de nostra mor(.

Qui bait la seurete, pour aimer le naufrago ? Qui a jamais este si f riant de voyage, Que la longueur en soit plus douce que le port?

(Petite* (Euvres metUes.*

PRlfcRE ET CONFESSION.

Si je me desguisois, tes clairs yeux sont en mol, Ces yeuz qui peuvent tout et desfont toutes ruses, Qui pourroit s'excuser, accus£ par son Roi?

Je m'accuserai done, afin que tu m'excuses.

Pere plein de douceur, comme aussi juste Roi, Qui de Grace et de Loi liens en main les balances. Comment pourrai-je faire une pail avec toi, Qui ne puis seulement faire treve aux offenses*?

Je suis comme aux enfers par mes faits vicieux; Jesuisnoir et sanglant par mes p6ch6s; si ai-je* Les ailes de la foi pour revoler aux cieux, Et l'eau de Siloe*me blanchit comme neige.

Exauce-moi du ciel, seul fort, bon, sage, et beau, Qui donne au jour le clair et le cbaut a la flamme, L'estre a tout ce qui est, au soleil son flambeau, Moteur du grant mobile*; et ame de toute ame.

Tu le feras, mon Dieu, mon espoir est certain, Puiique tu 1'as donne pour aire et pour avancev, Et ta main bienfaisante est cette seule main Qui parfait sans faillir l'oeuvre qu'eile commence.

Ne desploye sur moi ce grand vent consumant Tout ce qui lui r6siste, et ce qu'il veut atteindre:

90 POfiSIE.

Mais pour donner la vie au lumignon fumant, Souffle pour allumer, et non pas pour esteindre.

Tu m'arroses du ciel, ingrat qui*ne produis Qu'amers chardons au lieu de douces medecines. Pren ta gaule, Seigneur, pour abatre ces fruicts, Et non pas la coignee a couper les racines.

Use de chastiment, non de punition; Esmonde mes jettons, laisse la branche tendre, Ainsi que pour chasser de l'air l'infection, Mcttant le feu partout, on ne met rien en cendre.

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