‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 127 sur 212 · A M. RAPIN · texte numérisé non relu

A M. RAPIN

Rapin, le favori d'Apollon et des Moses,

Pendant qu'en leur metier jour et nuit to t'amuse-

Et que d'un vers nombreux, non encore chants*,

Tu te fals un ehemin a rimmortalite,

Moi, qui n'ai ni l'esprit ni l'haleine assez forte

Pour te suivre de pres et te servir d'escorte,

Je me contenteral, sans me precipiter,

D'admirer ton labear, ne pouvant Tim iter ;

Et, pour me Mtisfalre*au desir qui me reste.

De rend re eel hommage a chacun mani Teste.

Par ces vers j'en prends acte, afln que 1'avenir

De moi, par ta vertu, se puisse souvenir;

Et que cette memoire*a jamais s'entretienne,

Que ma muse imparfaite eut en honneur la tienn* ;

Et que si j'eus l'esprit d'ignorance abattu,

Je Teus au moins si bon, que j'aimai ta vertu :

Contra ire a ces reveurs*dont la muse insolente,

Censurant les plus vieux, arrogamment se vante

De reformer les vers, non les tiens seulement,

Mais veulent deterrer les Grecs du monument,

Les Latins, les Hebreux, et Urate l'antiquaille,

Et leur dire a leur nez qu'ils n'ont rien fait qui vaille.

Ronsard en son metier n'e*toit qu'un apprentif,

II avoit le cerveau fantastique et r6tif :

Desportes n'est pas net; Du Bellay trop facile :

Belleau ne parle pas comme on parle a la ville;

II a des mots hargneux, bouffis et releves,

Qui du peuple aujourd'hui ne sont pas approuves.

Comment! il nous faut done, pour faire une oeuvre grand*

Qui de la calomnie et du temps se deTende,

Qui trouve quelque place entre les bons auteure,

Parler comme ft Saint-Jean*parlent les crocheteurs?

Encore je le veux*,pourvH qu'ils puissent faire Que ce beau savoir entre en l'esprit da vulgaire,

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