‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 147 sur 212 · LA LIBERT^ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA LIBERT^ DE CONSCIENCE

Puisque les heretlqdes sont malades de l'esprit, quelle felonie

seroit-ce , au lieu de les secourir et d'en avoir compassion , de les

violenter et persecuter a feu et a sang ! Ce seroit faire la guerre a la

nature et violenter brutalement 1'humanite.... II est plus que notoire

que la craincte les a poussez ct precipitez en cest encombre. lis onl

doubte de leur seurete, et ils y ont voulu pourveoir, a quoy ils ont

tourne toutes *eurs pensees.... Et comme la craincte et i'espoir sont

deux vieils tyrans des ames, ils ont juge* tout licite pour pourveoir a

leurs attentes, et la nccessite estre*la plus juste et inviolable d^

toutes les loys; et puisqu'ils sont hommes et non pas anges, y a-t-ii

raison au monde plus vifve ny plus urgente ^our les induire a cest:-

opinion, et les esblouir ct tromper que celle que la nature apprend ;i

ungcbascung? Asgavoir que la tuition de la vie et de la liberty conli ■.-

l'oppression est non-seulement licite, mais aussy juste, Equitable c.i

saincte; ceste loy n'est point donnee, ni enseignee aux hommes, mai^

empreinte en leurs cceurs et nee avecque eulx; elle n'est poiiil

escripte, mais divinement engravee en l'esprit de toute creature.

En examinant les chose s de prez, on trouvera qu'ils ont este cidevant traicfez en rebelles , ce qui leur a faict rechercher tous les moyens et embrasser toutes les occasions de se conserver; et je no scay s'il y a homme si parfaict qui, se voyant reduict a tel poinct et scachant quelque moyen de se preserver, ne l'embrassast vifvement, estant de soy une loy inviolable de nature plus forte que toutes les autres loys. (Vest ce qui leur a mis les armes en main, et qui a engendre ce tant horrible degast et difformite\ Car les menses qu'on bastissoit contre eulx de toutes parts estoyent si peu secretement conduites, la desfavcur tant esvidente, lc desdaing si apparent, les menaces de

rupture tant ouvertes, et l'iojustice taut manifeste, qu'ils eussent este" par trop lourds et stupides, s'ils n'eussent a bon escieut este" touchez; et eussent bien merite le tourment qu'on leur apprestoit, s'ils n'eussent evitd la feste. Lesbestes brutes sententvenir l'orage et cherchent des cachettes; ne trouvons pas maulvais si leshommes, le prevoyant, se munissent a Pencontre : nos menaces ont este messageres de nos complots ainsi que l'esclair du tonnerre : nous leur avons faict voir nos apprests; cessons done de nous esbahir, s'ils ont un pied en l'air et l'oeil en la campagne.

Le nom de roy plein d'amour et charite* paternelle ne peut souffrir unesi sanglante obstination, d'exterminer une grande partie de ses subjects, s'il y a moyen de les reconcilier et ramener a leur debvoir. i Or le moyen est de faire cesser au plustost les injures et violences reciproques, leur faire poser atous les armes, et rappeler par une auctorite et par une loy b6nigne ceulz qui sont detournez, donnant fin a ceste sanglante guerre.

Mais on objecte que finir ainsy ce seroit capituler et desarmer. Ge traict si luisant de si belle apparence et si proprement dore" est une pure imposteure et pestilence invented par l'ennemy des bommes de paix et de vertu ; car donner la loy a ses subjects, leur prescrire une forme de vivre, leur imposer peines et supplices, s'ils oultrepassent savolont6*, les desarmer, l^ever tributsur eulx, et recepvoir d'eulx hommage, est-ce capituler? Capituler, e'est desmesler la justice au droict d'un chascung, avecque egal respect , prendre et donner la loy tout ensemble, baillant gage cbascung de son coste, ou hostages ou par aultres asseu ranees. Mais quand ung seul recoit la loy et ung la donne, qu'est-ce autre chose que le fruict de la victoire?... Or, voyons ce que le roy leur donne par les trait6s : leur donne-t-il 1'estat des terres? les allege-t-il d'aucung subside? leur quitte-t-il aucung debvoir ou charge? Rien de tout cela. Que leur donne-t-il ? il leur donne une liberte de conscience, ou plustost il ledr laisse leur conscience en liberte. Appelez-vous cela capituler? Est-ce capituler que promettre pour toute convention que le roy demeurera leur prince , et qu'ils demeureront ses subjects? Si leroy leur ostoit la liberte, ils seroyent ses esclaves et non pas ses subjects ; il seroit leur oppresseur et non pas leur prince, car la principaute est sur les hommes libres. Doncques, en leur laissant la liberte, il se constitue leur prince, e'esta-dire protecteur de leur salut et liberty, et ils se dlclarent ses subjects obligez a maintenir son estat. Qui est-ce qui sera assez impudent de dire que e'est capituler? Que si on veult donner a la liberte de si estroites barres que la religion et Tame n'y soient pas comprises, e'est pervertir malignement le mot et la chose mesme ; car la liberty serve n'est point liberte , la liberty brutale du corps et des actions humaines est vile et indigne de ceste excellente marque, qui est proprement due a l'esprit et a la plus vifve partie d'iceluy, et a la plus excellente de toutes ses actions, a scavoir la piete\

MICHEL DE L'flOSPITAL. 155

Arri&re done ces pestes qui, d'on coeur hostile et sanguinaire, taschent de corrompre (ce que Dieu destourne) la naifve et naturelle bonte* de nostre prince, de la royne sa mere et de messeigneurs ses freres, qui les veulent degene>er*de l'ancienne tant celebre et plus divine que humaine debonnairete de leurs majeurs roys de France envers leurs subjects, qui a est6 le nerf et le lien qui si looguement a maintenu ceste couronne , recognue et servie d'un coeur franc et loyaulte franchise , et non par tyrannie , par effusion de sang et par cruaulte" : telles gens sont de maulvais augure a ceste couronne, et semblent vouloir advancer le destin d'icelle, e'est-a-dire le jugement de Dieu humiliant les choses eslev6es et aneantissant les plus fermes, tuant les esprits et esblouyssant les entendements et les discours.

Quele roy use de clemence, et il esprouvera celle de Dieu; que le roy ne ferme point son coeur, et Dieu lui ouvrira le sien ; que le roy donne a la respublique son offense et son desplaisir , et tantost elle recognoistra avec usure le bienfaict, et luy fera l'hommage de son repos et felicity ; que le roy oublie et quitte tout le mal talent envers ses subjects, et ils s'acquitteront et s'oublicront tulx-mcscics, pour Tlionorer et servir de tout leur pouvoir.

(Voyei Notice, page 272)

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