‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 154 sur 212 · PAT.^A CAYET · texte numérisé non relu

PAT.^A CAYET

mesme temps les gardes du roy qui estoient sur les ponts furent chargez et renversez, aucuns desarmez, et contraints de s'enfermer dans quelques maisons, niais sur le commandenient de M. de Guyse lesieur de Brissac fit sortir et conduire les Suisses du march e Neuf ou ils estoient enfennez, jusques au Louvre ; le capitaine Sai net- Paul, qui commandoit au quartier de la CU6, fit en mesme temps retirer les gardes du roy, les armes bas et le bonnet au poing. Les Suisses qui estoient aux autres places firent de mesme. Cependant les Seize se saisissent de l'hostel de ville, de la porte Sainct-Antoine el de toutes les places publiques de la ville, bref ils ont tous les mains a la besongne. Le lendemain on conseille au roy de faire retirer tous les gens de guerre qu'il avoit, et que le peuple s'apaiseroit : il les faict sortir.

Mais nonobstant cela il est adverty que les Seize ne se contentent, qu'ils veulent passer plus outre, qu'ils ne veulent demeurer en si beau chemin, que tout s'arme de nouveau, qu'ils veulent avoir le Louvre et sa personne, que Ton assembloit mesme dans le cloistre Sainct- Severin les jeunes escoliers, prestres et moynes, qui avoient tous les bords de leurs chapeaux retroussez, et sur le troussis cbacun une croix blanche, armez d'esp6e et de poignard, et que Ton descendoit mesme quantite de faisseaux de picques d'un logis au carrefour Sainct-Severin, lesquelles on leur devoit bailler pour venir droict au Louvre.

Messieurs du conseil remonstrerent lors au roy quelques exemples de la furie des peuples, lesquelles il vaut mieux esviter qu'attendre; le cunseillent de se retirer de Paris, et fonderent leur jugement sur quatre advis qui arriverent coup sur coup d'une resolution prise a 1'hostel de Guyse de se saisir et du roy et du Louvre.

La royne mere conteste contre eux, leur dit : ■ Hier, je ne congnus point aux paroles de M. de Guyse qu'il eust d'autre envie que de se ranger a la raison; j'y retourneray pr6sentement le veoir, et m'asseure que je lui feray appaiser ce trouble. » Elle se trompa, car estant retournde vers luy, l'ayant pri6 d'appaiser ceste esmotion, et qu'il pouvoit s'asseurer sur sa foy de venir trouver le roy, duquel elle luy feroit avoir tout le contentcment qu'il en pouvoit esperer, il luy respondit fort froidement qu'il n'estoit point cause de Pesmo tion du peuple, qu'il ne l'avoit assiste que pour la necessit6 ou il sestoit trouvl, et que ses amys ne le conseilleroient pour le present (Taller au Louvre, foible et en pourpoint, a la mercy de ses ennemis. La royne mere cognut lors que les advis que le roy avoit receus approchoient de la verite. M. Pinart, secretaire d'Estat, estoit avec elle; elle le fit tout soudain retourner en diligence vers Sa Majestc, pour l'avertir qu'elle avoit recognu qu'il y avoit quelque dessein extraordinaire contre luy.

JOACHIM DU BELIAY

(Voyez Notice, page 256)

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