LA JOURN&E DES BARRICADES
sntflt b roy fut adverty quo lc due de Guyse n'estoit venu qu'a luict gentils-hommes, mais que l'archevesque de Lyon, son con t, et tous les principaux capitaines de la Ligue estoient venur ombre d'avoir quelques affaires a Paris, et s'estoient logez par les quartiers de la ville. La hardiesse du due de Guyse, qui y estoit
venu contre son commandement, et luy avoit estc descouvcrte, id soupconneux ; il se resoult done de faire sortir tous les genommes de la Ligue qui estoient venus de nouveau a Paris, et de ndre le plus fort pour chastier quelques factieuz des Seize: mais
ce qu'il advint.
12 may, a la poinle du jour, le roy fait entrer par la porte t-Honore le regiment de ses gardes franchises ct celuy des 3*. Les Suisses furent places au cimetiere Sainct-Innocent, a la
de Greve et au marche* Neuf ; les gardes franchises se ran- >t sur le petit pont, sur le pont Sainct-Michel et sur lc pont e-Dame.
prevost des marchands ct les eschevins de la ville estoient ad-
de l'intention du roy; il avait envoye mesme a M. de Gnyso ire qu'il luy envoyast le nombre de ses gens : mais les Seize qui nt en perpetuelle deffiance, se douterent bien que Ton en vou-
eux.
gens de guerre du roy ne commencoient que d'entrer dans la >ainct-Honor6, que Cruce, procureur du Chastelet, Tun des Seize utheur de leur premiere csmeute, appelee du depuis i'esmeuto uce, en receut 1 advis ; et sur les quatre heures et demie du i, il fait sortir trois garsons de sa maison, sans manteaux, les-
allerent par toute i'Universite criant : Alarme ! alarme 1 Les
icmvAiNS du xrr» sikclt?. XI
bourgeois qui n'estoient de la faction des Seize leur demandoient que c'estoit*:« C'est Chatillon, respondoient-ils ; avec ses huguenots, qui est dans le faux-bourg Sai net- Germain: » et sans s'arrester continuoient leur cry alarme I alarme J Tous ceux de ceste faction sortirent incontinent avec leurs armes ; chacun se rend au corps de garde de son quartier, et(comme rapporte le livredu Maraut et du Malbeustre) suyvant la resolution qu'ils avaient prise entr'eux plus d'un an devant, ils se barricaderent par toute 1' University et jjiisques contre le petit Gbastelet ; et comme les sentinelles du cost6 de la rue se posoient par lea gardes du roy, Cruel mit des mousquetaires de l'autre. Aussitost que quelques-uns des Seize qui demeuroient en la rue Neufve veirent que les Suisses se mettoient dans le marche Neuf, ils firent tendre la chesne de la rue neufve Nostre-Dame, la font border de muids, et tous ceux de leur faction, dont il y en avoit nombre en ces quartiersla, borderent incontinent ceste barricade de mousquets, et montrerent avec leur contenance aux Suisses qu'ils les feroient bien-tost retirer de devant eux.
Les mareschaux de Biron et d'Auinont, et plusieurs chevaliers des ordres du roy arriverent lors, qui, voyant que le peuple fermoit ses boutiques et couroit aux armes, leur commandoient de ne le pas faire, monstroient leur ordres au peuple, disoient leurs quality, leur asseuroient sur leur vies qu'aucun tort ne leur seroit 'fait, qu'ils avoient charge du roy de les en assurer ; mais les gentils-hommes et capitaines du party du due de Guyse, qui se trouverent incontinent departis et qui estoient logez par toutes les dizaines avec les plus remuans des Seize, disoient au peuple : « Ne croyez pas ces politiques, ils vous pipent ; ces gens-d'armes et ces Suisses ne sont entrez pour autre effect que pour les mettre en garnison en vos maisons, pour vousrendre mis£rables, pillervosbiens, et en contenter les mignons.* La Cite et toute l'Universit6 fut toute barricadee sur les neuf heures, la ville ne le fut que sur le midy, et furent continuees les barricades si vivement, que les sentinelles furent mises a trente pas da Louvre.
Cruce, qui conduisoit ceux de l'Universit£, estoit des plus ardents ; des paroles il vint aux effects, les siens font retirer les gardes da roy, et se saisissent du petit Chastelet. En mesme temps que le roy est adverty de ce tumulte, il commande que l'on face done retirer ses gardes; il n'estoit plus temps de le dire, car, sur 1'occasion d'un coup qui fut tir6, ceux qui estoient dans la rue Neufve et du petit Chastelet sortent, tirent sur les Suisses qui estoient au marche Neuf, qui ne se deffendirent point ; il en fut tu6 quelque vingtaine, et vingt-cinq ou trente de blessez.
M. de Brissac, qui avoit charge du due de Guyse de commander au quartier de l'Universite, voyant qu'ils crioient : Bonne France ! bon catholique! aucuns d'eux monstrans leur chapelets, fit cesser la tuerie, et les fit tous retirer dans la boucherie du marche" Neuf. En