‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 175 sur 212 · AVENEMENT DE HENRI IV · texte numérisé non relu

AVENEMENT DE HENRI IV

Henri IV se trouve roi plustost qu'il n'eust pens6 et desir6, et demi assis sur un trosne tremblant. Au lieu des acclamations et du Vive le roi accoustume* en tels accidents, vid en mesme chambre le corps ' mort de son predecesseurs, deux minimes aux pieds avec des cierges, faisans leur liturgies, Clermont d'Antragues tenant le menton; mais tout le reste parmi les hurlemens, enfonsans leur* chapeaux ou les jettans par terre, fermans le poing, complottans, se touchans a la { main, faisans des voeux et promesses, desquelles on oioit pour conclu- j sion, plutost mourir de mille morts. Dans cet estourdissement encores, il y en eut qui demanderent pardon k genoux des choses commises aupres du roi, a quoi un due respondit : « Taisez-vous, vous parlez comme femmes.» Les compagnons du bourlet esclatent leurs lamentations; mais d'O, Manon, son frere, Antragues, Chasteau-Vieux, mu ram rent, et & dix pas du roi il leur eschape de se rendre plustost & toutes sortes d'ennemis que de souffrir un roi' huguenot; ils joi- v gnent a leur propos quelques autres, entre ceux-la Dampierre, premier mareschal de camp, qui fit ouir tout haut ce que les autres serroient entre les dents, tout cela se ralie au due de Longueville. qu'ils eleurent pour porter parole de leur volontez.

Le mareschal de Biron prit plaisir au murmure de ceux-la, non pour les suivre, mais pour faire valoir sa besongne a la necessity; il se presenta sans se faire de feste. Le roi tout trouble de ces choses, s'estant retire en une garderobe, prit d'une main la Force et de 1'autrc un des gentilhommes dessiens (Aubigne). La Force s'estant

AGRIPPA D'AUBIGNri. 2:7

excuse^ l'autre commande de dire son avis sur la pr6sente perplexite parte, ainsi :

« Sire, vous avez plus besoin de conseil que de consolation, ce que vous ferez dans une heure donnera bon ou mauvais bransle a tout le reste de vostre vie, et vous fera roi ou rien; vous estes circui de gens qui grondent et qui craignent, et couvrent leurs craintes de pretextes generaux; si vous vous soumettez a la peur des vostres, qui est ce qui vous pourra craindre, et qui ne craindrez vous point? Si vous pensez vaincre par bassesse ceux qui murmurent par cette maladie, de qui ne serez vous point tyrannise? Je lesviens d'ouir, ils menacent que si vous ne changez de religion ils changeront de parti, en feront un a part pour venger la mort du roi ; comment auseront-ils cela sans vous, puisqu'ils ne l'ausent avec vous? Gardez-vous bien de juger ces gens-la sectateurs de la royaute pour appui du roiaume, ils n'en sont ni fauteurs ni autheurs; s'ils en sont masques, c'est comme les cicatrices marquent un corps. Quand vostre conscience ne vous dicteroit point la response qu'il leur faut, respectez les pensees des testes qui ont garde la vostre jusques ici ; appuiez vous apres Dieu sur ces espaules fermes et non sur ces roseaux tremblans a tous vents, gardez cette partie saine a vous, et aedans le reste perdez ce qui ne se peut conserver, et triez aujourd'hui les catholiques moins attachez au pape qu'a leur roi, car les autres feront plus de mal procbes qu'esloignez. A l'beure que je parle a vous, le mareschal de Biron et avec lui les cbefs des meilleures troupes, ne pensent point a vous quitter. Les offenses de Blois sont sur leurs testes, ils ont besoin de vous, cherissent mesmes cet occasion pour vous obliger et gagner la grace de vostre establissement; serSnez vostre visage, usez de l'esprit et du courage que Dieu vous a donn6; voici une occasion digne de vous; mettez la main a la besongne, et cependant que les grondeurs et leurs confesseurs mesureront la crainte de vostre religion a celle qu'ils ont des liguez, commencez par le mareschal de Biron : faites lui sentir le besoin que vous avez de lui jusques aux bords de la laschete et non plus avant ; demandez lui pour premiere preuve de son vouloir et credit, qu'il aille prendre le serment des Suisses, qu'il les fasse mettre en bataille pour crier Vive le Roi Henri IV : depeschez Givry vers la noblesse de i'isle de France et Brie qui est en l'armee, Humiere vers les Picards : descouplez ainsi a propos ceux que vous connoissez mieux que nous; et sur les premiers rapports qu'on vous fera des bonnes volontez, demandez lors le mesme office a ceux de qui vous tenez Pesprit douteux. Quant au due d'Espernon, que je tiens le plus considerable de vostre arm6e, il est trop judicieux pour manquer a son devoir, aussi peu a. son interest, tenez le par la main, il consent en ne dissentant point; sa presence authorise vos affaires pour une paix, qu'il espereroit en vain des ennemis ; il ne rompra pas celle qui est toute faite avec vous. N'ignorez pas que vous fites le plus fort ici : voila plus de deux cents gentilhommes de vostre

corriette dans ce jardin, tous glorieuz d'estre aa roi. Si vostre douceur accoustumee et bien seante a la dignit6 roiale, et lea affaires pr&ens n'y contredisoient, d'un clin d'oeuil vous feriez sauter par les fenestras tous ceux qui ne vous regardent point comxne leur roi. »

Le roi aprouva la pluspart de cet ayis*

SATIRE MENIPPEE

(Voyes Notict, page 2S0)

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