‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 184 sur 212 · L'AME ET DIEU · texte numérisé non relu

L'AME ET DIEU

Entre les perdrix il arrive souvent que les unes derobent les oeufs des aultres afin de les couver, soit pour Pavidite qu'elles ont d'estre meres, soit pour leur sottise qui leur fait meconnoistre leurs oeufs propres. Et voici chose estrange, mais neanmoins bien tesmoignee ; car le perdreau qui aura este couve sous les ailes d'une perdrix estrangere, au premier reclame qu'il oyt de sa vraie mere qui avoit pondu l'oeuf duquel il est procede, il quitte la perdrix larronneuse, se rend a sa premiere mere, et se met a sa suite, par la correspondance qu'il a avec sa premiere origine, correspondance toutefois qui ne paroissoit point, ains fust demeuree secrete, et comme dormante au fond de la nature, jusqu'a la rencontre de son object; lors, soudain excise et reveillee, elle fait son coup, et pousse Tappetit du perdreau a son premier devoir. II en est de mesme, Theotime, de nostre coeur; car, quoiqu'il soit couve, nourri et 61eve emmi les chose •< corporelles, basses et transitoires, et par maniere de dire, sous les ailes de la nature ; neanmoins, au premier regard qu'il jette en Dieu, a la premiere connoissance qu'il en recoit, la premiere inclination d'aimer Dieu, qui estoit comme assoupie et imperceptible, se reveille en un instant et & l'impourvu paroist comme une 6tincelle qui sort d'entre les ■cendres, laquelle, touchant nostre volonU, lui donne un elan de l'amour supreme, du au souverain et premier principe de toutes choses.

NE FAtSONS PAS LES ANGES.

Je vous dirai ce mot, mais retenez-le bien : nous nouc&mcons quelquefois tant a estre bons anges que nous en laissons d'estre bons hommes et bonnes femmes. Nostre imperfection nous doit accompagner jusqu'au cercueil, nous ne pouvons aller sans toucher terre. H ne faut pa^ s'y coucher ni vaultrer ; mais aussi ne faut-il pas pense voler. Car nous sommes de petits poussins qui n'avons pas encore nos ailes. Nous mourons petit a petit; il faut aussi faire mourir nos imperfections avec nous de jour en jour : cheres imperfections qui nous font reconnoistre nostre misere , nous exercent en l'humilite, mespris denous-mesmes, en la patience et diligence, et nonobstant lesquelles Dieu considers la preparation de nostre coeur qui est parfaite.

Alions terre a terre, puisque la haute mer nous fart tourner la teste. Jetons-nous aux pieds de Nostre-Seigneur avec la sainte Madeleine dont nous c£16brons la feste ; pratiquons certaines petites vertus propres pour nostre petitesse. A petit mercier, petit panier. Ge sont les vertus qui s'exercent plus en descendant qu'en montant, et partant, elles sont sortables a nos jambes ; la patience , le support des prochains, le service, l'humilitl, la douceur de courage, l'affabililc, la tolerance de nostre imperfection. Je ne dis pas qu'il ne faille monter par l'oraison, mais pas a pas.

Je vous recommande la sainte simplicity ; regardez devant vous et non a ces dangers que vous voyez de loin. Ainsi que vous m'avez escrjt, il vous semble que ce soient des armees , ce ne sont que des saules esbranches, et cependant que vous regardez la, vous pourriei faire quelques mauvais pas.

GOMMENTAIRE.

Pour les difficult^ relatives : 1° a la grammaire, voy. ci-dcssus Introduction, p. ix; — 2° a Porthographe et a la versification, voy. p. lxx ; 3° au sens des mots, voy. ci-dcssous, Lexique, p. 285.

Page 3, 1. 1. Pierre Gringoire, Gringore, ou Gringon, poete satirique, n6 vers 1475, mort vers ft44. II etait Lorrain, suivant les uns, Normand, suivant d'autres. Charge par Louis XII d'6crire contre Jules II, il attaqua ce pape dans la violente satire : la Chasse du cerfdes cerfs {servus servorum Dei) [1510] ; la sotie du Prince des sots et de la Mere sotte et lamoralite de V Homme obstine', qui forment la meilleure part de l'oeuvre dramatique do Gringoire furent joules auxHallesde Paris, le mardi gras 1511. Une Edition complete de Gringoire (par M. d'Hericault) devait faire partie de la Bibliotheque elz4virienne.il n'en a paru que 2 volumes 1 .

— v. 14. Sans rigueur, sans qu'on soit oblige d'user de rigueur. Page 4, v. 1. Ont cueur de'libere' de faire leurde'livrance, ont plaisir

a, ont envie de, etc.

— v. 20. Dessus lamer estrequisde veiller, on est requis de, ilfaut veiller, etc....

— v. 23. Auxehamps convient... pourvoir, il faut faire bonne garde dans les campagnes.

— v. 31. Veuil laisser, je veux laisser de cole, je ne veux point parler ici de....

— v. 32. Tant soit moindre, si peu que ce soit.

Page 5, v. 15. A Varme on oyt sonner, on entend sonner Palarme. (Pour l'origine du mot, voyez le Lexique, au mot Alar me,)

Page 6, 1. 1. Marguerite d'Angoul&ne, duchesse d'Alencon, reine de Navarre, soeur de Francois I", nee a Angoul&ne le 14 avril 1492, morte a Odos (Bigorre) le 21 decembre 1549. Fille de Charles d'Orleans comte d'Angouleme, et de Louise de Savoie, elle epous»

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