‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 48 sur 212 · ORTHOGRAEHE, PRONONCIATION, ETC. LXXV · texte numérisé non relu

ORTHOGRAEHE, PRONONCIATION, ETC. LXXV

tentative Scheme, et l'orthographe 6tymologique persiste, en s'alldgeant quelque peu jusqu'a. la fin du dixseptieme siecle. Malgr6 les efforts de Gorneille et de Bossuet, l'Acaddmie conserva presque intact ce systeme orthographique, dans la premiere Edition de son Dictionnaire (1694); elle proscrivit mfcmo Pusage des accents et no jugea point k propos d'adopter l'orthographe de Richelet, qui 6crivait Ute pour teste, 6p6e pour espde, etc.... Dans la preface du Dictionnaire, l'Acaddmie justifio sa mcthode en ces termes :

<c L'Academie s'est attach6c a l'ancicnne ortho graph c « rcccue parmi tous les gens de lettrcs, parce qu'elle aydc « a. fairc connoistre Torigine des mots. Cost pourquoy « cllca crcu ne devoir pas authoriserlcrctranchemcnt que « des particuliers, et principalement les imprimeurs, ont « fait de quelques lettres a la place desquellcs ils ont incc troduit certaines figures qu'ils ont inventus parce que « ce retranchement oste tous les vestiges de l'analogie a et des rapports qui sont entre les mots qui viennent du « latin ou de quelque autre languc. Ainsi , elle a 6crit « les mots corps , temps avec un p et les mots teste, a honneste avec un s, pour faire voir qu'ils viennent du « latin tempus, corpus, testa, honesties....

« II en estoit de mesme dans la langue latine ou Ton « escrivoit souvent des lettres qui ne se pronon§oient «c point. Gar, comme la pcinture qui repr£sente les corps « ne peut pas peindre le mouvement des corps, de mesme a l'6criture qui peint a sa maniere le corps de la parole a ne scauroit peindre entierement la prononciation , qui cc est le mouvement de la parole. L'Acad6mie seroit done cc cntrde dans un detail trfcs-long et trfes-inutile, si elle cc avoit voulu s'engager en faveur des estrangcrs k donner « des regies de la prononciation.

cc Cependant F Academic n'a pas ndglig£ de marqucr « la prononciation de certains mots lots quf fc\ta ««X Vws^

UUCVI INTRODUCTION.

« esloignfe de la mani&re dont ils sont escrits et Ts en « fournit plusieurs ezemplea ; c'est une des lettres qui « varient le plus dans la prononciation lors qu'elle piece cede une autre consone, parceque tantost elle se pro- « nonce fortement, comme dans les mots peste, veste, « funeste, tantost elle ne sert qu'4 allonger la pronon- « ciation de la syllabe, comme dans teste, tempeste; quel- « quefois elle ne produit aucun effet dans la pronon- « ciation, comme en ces mots, espte, esternuer; c'est « pourquoy on a eu soin d'avertir le lecteur quand elle a doit estre prononc6e. »

Ge fut seulement en 1740, dans sa troisi&me Edition, que l'Acad6mie remplaga par l'accent V$ Itymologique; elle 6crivit alors tSte } 4p6e 9 apdtre; elle supprima de m&me le d muet de advocat, adventure } etc., qu'elle avait jusque-li conserve. Mais elle n'osa point aller jusqu'au changement de of en ai que Voltaire proposait, et jusqu'en 1835, elle 6crit connatesois, il 6toit y il marchoit; ce fut settlement dans sa suri&me Edition que l'Acad6mie sanctionna la rgforme yoltairienne.

§ 138. Notre orthographo contient, malgr6 ces utiles r&Formes, plus d'un reste de la manie Erudite du seizi&me siecle : le moyen &ge 6crivait autre (alter), paume (palma), pous (pulsus); le seizi&me siecle aultre, paulme, pouls; nous avons repris paume et autre } mais nous avons gardl pouls; le moyen &ge disait oser (ausare), oreille (auricula), povre (pauper) toreau (taurellum*), — acheler (accapfare*), batiser (baptizare), d6roule (derupte), escri* (scripfcis); le seizi&me sifecle auser, aureille, pauvre, taureau, et de mfcme achapter, bapiiser, d6roupte, escrip*. L'orthographe moderne a repris oser, mais non povre; oreille, mais non toreau; acheter, mais non baliser. Les lettres doubles qui infestent notre vocabulaire sont encore l'hdritage du seizi&me sifecle; nous Scrivons arbitrairement et sans aucunc raison ni d'6ty-

ORTHOGRAPHE, PRONONCIATION, ETC. UXVn

mologie, ni de prononciation : abatis et abattoir, — charretier et chariot, coureur et courrier, — consonnance et dissonance, timonier et canonnier, cantonal et cantonnier, f&lonie et baronnie, patronal et patrormer, tonnant st detonation, — ayrandir et a^raver, aphnir et a/>ptaudir, appauvrir et apercevoir, — demailloter et cmtnaillolier *.

Gette orthograpbe dite itymologique , qui ne reprf- Bente pas la prononciation, devient m£me tout a fait orbitraire quand elle repose, comme cela est arrive plus d'une fois au seizieme siccle, sur une etymologic erron6e. De meme que peser viont de pcnsare, le latin p&n&varn (au sens de poids) donna le vieux francais pois, comme mensis a donne mois, tensa toise. Le seizieme siecle, qui tirait pois de pondus, voulut conformer Torthographe du mot a cette fausse etymologie et ecrivit poids, dont nous avons h£ri(6 et qui sous cette forme a perdu, en apparency toute parents avec peser.

II est a souhaiter que, dans la septieme Edition qu'ello prepare duDictionnaire de l'usage, l'AcadEmie, qui a deja fait en 1835 tant d'utiles r^formes dans notre orthograpbe, persists dans oette voie en snpprimant la plupart des doubles kttm el en bannxssant bon sombre de ces pretendus signes etymologiques.

M. Didot a sounds a l'Acad6mie un plan de rdforme orthographique dont on ne peut qu'approuver, avec Sainte-Beuve, la moderation. Dans oe systeme, fonde sur des corrections de detail, 1'eminent imprimeur, sans tomber dans le ridicule du systeme phonEtique absolu, et sans proposer unc Venture strictement figurative de

1. Le moyen age Icrivait nation, portion {dans Qresma). Au lieu de garder cette orthograpbe qui nous permettait de ©onserver au f un son unique, let latiaistes tftabttient dans torn ees mots le ti latin : de la let inconsequences de pronendatioa teitae fue let Editions et nous tfdtttau, les portion* et now «fcporttom, et les inspections •t nous inspections, etc.

LXXVm INTRODUCTION.

la prononciation, est arriv6 a d6barrasser; dans la mesure du bon gout, l'orthographe actuelle de ses plus choquantes inconsequences.

Nous n'exposerons de l'orthographe du seizieme siecle quo les differences qu'elle presente avec l'orthographe moderne. G'est un proc6d6 peu scientifique, maisonne pouvait comparer la langue du seizieme siecle au latin qu'a la condition de passer par l'interni6diaire naturel du vieux frangais : ce qui, pour le moment, nous est interdit par le programme officiel qui fait pr£c6der ; proyisoirement, l'6tude du moyen age par celle du seizieme siecle.

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