II PREFACE
« saire k la lente 6closion du grand sifecle. Mais outre « qu'on mutile singuliferement notre histoire litt6- « raire, en la subordonnant ainsi au court espace de « temps qui va de la fin du seizieme sifecle jusqu'a « nos jours, ce n'est peut-6tre pas une vue sur lace quelle, avec de jeunes gens, il convienne de beau- « coup insister, que celte image d6j4 lointaine d'un « instant de perfection dont nous nous teartons de « plus en plus. Lavieillesse d'une nation depend en « partie de l'opinion qu'elle se fait de son dge : il « n'est rien qui double le poids du temps comme de « toujours regretter ses belles annfees. On peut 6tu- « dier et admirer les chefs-d'oeuvre du dix-septifeme « siecle sans y faire converger toute notre histoire. « En etendant nos regards sur l'ensemble de la litte- « rature franqaise, sur ses alternatives d'originalite « et d'imitation, d'affaissement passager et de subit « relfevemenl, nous eioignerons les id6esde jeunesse, «de maturity et de decadence qui ne conviennent « jamais qu'imparfailement A un peuple 4 . »
Nous sera-t-il permis de regretter qu'on n'ait point suivi dans le programme l'ordre chronologique, et qu'on ait pris le seizifcme sifecle comme point de depart au lieu de descendre le coiirs naturel de chacun des sifecles du moyen Age? En subordonnant compietement & l'antiquite notre g6nie national, la Renaissance, au lieu d'etre une transformation, n'a 6te, comme il arrive trop souvent en France, qu'une revolution qui appelait & son tour une reaction d'6gale
U M, Breal, Quelques mots sur I'iustructton Qublique % p. 236.
PREFACE. m
intensity. De 1& entre le seizifemc sifecle et les Ages pr6c6dents une scission tellement profonde, qu'au simple point de vue de Thistoire litteraire, on peut a la rigueur etudier les 6crivains de la Renaissance, en faisant abstraction des ceuvres ant&rieures 1 . II n'en est pas de m6me au point dc vue de l'histoire de Is langue. Lalangue de la Renaissance n'est que le dernier terme d'une s£rie, et a sa raison d'etre dans un 6tat anterieur de notre idiomc, dont elle est la r£sultante. Comment expliquer, par exemple, que les six cas du latin soient rgduits & un seul dans la langue du seizfeme sifecle, si Ton ignore que l'ancien fran- $ais avait d6j& r6duit ccs six cas & deux, Tun qui marquait le sujet, l'autre le regime? Entre T6tat synthetiaue du latin et l'6tat analytique de I'idiome de Montaigne, il y a un 6tat intermediate qui est Fidiome deini-synth6tique de Fancienne France. La langue du seizi&me sifecle s6par6e de Fancien fran^ais est un arbre sans ses racines : en l'absence de ce cours d'histoire de notre langue (que nous poss6derons un jour, il faut Fesp£rer, dans nos lyc6es), il 6tait difficile de combler, sans interm6diaire, le vide qui existe entre le latin et la langue des 6crivains de ce Recueil. Gette consideration a d£termin6 la nature et la forme de notre introduction. La grammaire de la langue du seizieme siccle, que j'ai plac6e en t6te de ce livre, est bien plutdt pratique que philologique : elle ne se propose point d'autre but que de mettre le lecteur eu
1. Encore Marot, Saint-Gelais, Desp6riers et les ecrivains du meme groupe relevent-ils bien plutdt du quinzieme s\ta\eq*)A ^\^m\v sance proprement dite. *