‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 56 sur 212 · ORTHOGRAPHE, PRONONCIATION, ETC. LXXXVII · texte numérisé non relu

ORTHOGRAPHE, PRONONCIATION, ETC. LXXXVII

et l'Acadfonie, dans ses Observations, lui reproche d'avoir abandonn6 l'ancienne prononciation : a Ce mot de meur- « trier qu'il r6pfete souvent le faisant de trois syllabes « n'est que de deux. »

On trouve encore ie monosyllabique dans La Fontaine :

Gependant un tanglier, monslte enorme et superbe.

Et dans Moliere :

Que les ouvriers qui sont apres son edifice.

§ 157. On retrouve cette forme dans allay ent (Belleau, bl) 9 apparoistre (Bellay, 49), cognoissance (Galv., 113), cognoist (R6gn., 110), connoissez (Aub., 237), croignoit (R6gn., 109), effroyez (Amyot, 166), effroyoit (Aub., 90), estoit (Aub., 235), foible (Gayet, 179), foys (Mont.', 216), frangois (Rons., 21), paroist (Aub., 91), plaisoit (Aub., 235), pourmenoyt (Rab., 128), reconnoissables (Aub., 235), sgavoit (Marot, 9), voioient (Aub., 235), vols (Jod., 70), qui ont aujourd'hui ai. Get oi 6tait, au commencement du seizieme sifecle, prononc6 o6 y ov4, comme on lc voit par l'orthographe coeffi (Gharr., 228), mirouer (Rab;, 121).

§ 158. Oi, qui provient en fran$ais do deux sources diflfcrentes, Yi et l't latins (Ugem lot, regem rot, — ftdem fot, ptlum poil), a d'abord 6t6 ei (au onzi&me sifecle, let, ret, fei, let), qui s'est post6rieurement d6velopp6 en ot, que Ton pronon$ait k Paris, au seizidme siecle, o4 9 ou6 } dans les hautes classes, — oa dans le peuple. De la au seizieme siecle des rimes comme pScheresse avec paroisse (prononc6 par ouesse), demoiselle avec estoile (prononc6 esiouelle). Gette prononciation en ou6 dura jusqu'fc la Revolution. A la cour de Louis XIV, on pronon^ait un ou6zeaUy la foue, la loue. Boileau fait encore rimer Fran-

LXXXVUI • INTRODUCTION.

gois et lots (c'est-St-dire Frangoufo et ftm6s), et La Fayette, qui avait consent les traditions de Fancienne cour, pronon^ait encore, en 1830, le roi le tou6. La prononciation en oua, qui 6tait propre au bas peuple de Paris, prit le dessus & la Revolution, par l'influence dcs clubs et des reunions populaires.

En Normandie, la prononciation ei de l'ancien fran- $ais, au lieu de se d6velopper en- oi, s'assourdit en e y et ce son 6 nous revint par le dialecte normand, d'ou la prononciation de c pour oi dans les imparfaits (alloit, venoit 7 etc.), prononciation qu'au dix-huitieme siecle Voltaire (aprfcs- Nicolas B6rain et plusieurs autrcs) exprima par l'orthographe at, r6servant avec raison l'orthographe oi pour les mots comme loi, foi, dans lesquels la diphthongue a conserve sa prononciation propre.

§ 159. Oi rSpond aux formes moderncs en e, ei dans envoira (Rons., 25), poitrir (Rons., 28), revoiray (Bellay, 49), roines (Desp., 86), royne (Hosp., 155), tonnoirres (Calv., 114), voyrez (Rab., 124), voyrons (Rab., 129).

OU

§ 160. Ou r6pond k notre o moderne dans arrouser (Desp., 87), coursaires (Bo6t., 193), coustau (Serres, 225), coustelettes (Rab. 126), decolour ez (Amyot, 172), fourmages (Serres, 225), fourment (R6gn., 104), fouyer (Mont., 213), mouelle (Rons., 21), ouyant (Rab., 130), pourmenans (Rab., 119), powrmener (Rons., 44), pro~ pous (Rab., 130), proufficter (Rab., 121), proufit (Bo6t., 193), proufitent (Bo6t., 192), rousoyantes (Rons., 20), tanioust (Rab., 130), voulentiers (Rab., 129), voulunte (Amyot, 163), mots que lefran^ais moderne a gardes sous la forme de To pur, sans accepter l'affaiblisscment en ou.

ORTHOGRAPHE, PRONONCIATION, fiTC. LXXXIX

UB

§ 161. Nous ne pouvons indiquer ici comment Vd latin dcvicnt eu en franc,ais (novem, neuVj, en passant par les inteiynSdiaires ue, oe, eu : d'abord [nwef que Ton trouve au onziemo sifccle,.plus tard noef, cnfin ncuf. Quelques mots, commo cueillir, accueillir, n'ont pas subi la transformation complete de o en eu et se sont arret6s k l'6tage ue : c'est dans le meme cas crue se trouvent au scizieme siecle les mots cueur (Gring., 4), dueil (Bell&y, 5.4), fueille (Rons., 20), vueil (Gring., 4), vueille (Beze, 135).

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