‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 80 sur 212 · PREDICTION DE CASSANDRE · texte numérisé non relu

PREDICTION DE CASSANDRE

« Avant le temps tes tempes fleuriront, De peu de jours ta fin sera bornee Avant ton soir se clorra ta journee, Trabis d'espoir tes pensers periront.

« Sans me flecbir tes escrits fldtriront, En ton desastre ira ma destinee, Ta mort sera pour m'amour terminee, De tes souspirs tes neveux se riront j

20 POfiSIE.

• Tu seras fait du vulgaire la fable, Tu bastiras sur l'incertain du sable, Et vainement tu peindras dans les cieux. »

Ainsi disoit la nymphe qui m'affolle, Lors que le ciel, temoin de sa parolle, D'un dextre eclair fut presage a mes yeux.

Comme un ckevreuil*,quand le printemps de'truit Du froid hyver la poignante gelee, Pour mieuz brouter la fueille emmiellee, Hors de son bois avec l*aube s'enfuit ;

Et seul, et seur, loin des chiens et du bruit, Or* sur unmont, or' dans une valee, Or' pres d'une onde a l'escart receive, Libre, folatre on son pied le conduit;

De rets ne d'arc sa liberty n'a crainte,

Sinon alors que sa vie est atteinte

D'un trait meurtrier empourpre* de son sang;

Ainsi j'allois, sans espoir de dommage, Le jour qu'un oeil, sur l'avril de mon age, Tira d'un coup mille traits dans mon flanc.

Ciel, air et vents, plaine et monts descouvers, Tertres fourchus et forests vcrdoyantcs, Rivages tors*,et sources ondoyantes, Taillis rasez, et vous, bocages vers ;

Antres moussus a demy-front ouvers, Prez, boutons, fleurs et berbes rousoyantes, Coteauz vineux et plages blondoyantes, Gastine, Loir, et vous, mes tristes vers,

Puis qu'au partir, ronge* de soin et d'ire, A ce b'el oeil l'adieu je n'ay sceu dire, Qui pres et loin me detient en esmoy,

Je v >us supply, ciel, air, vents, monts et plaines, Tail Is, forests, rivages et fontaines, Antres. prez, fleurs, dites-le luy pour moy.

Que n'ay-je, Dame, en escrivant, la grace \ Divine autant que j'ay la volonte ?

Par mes escrits tu serois surmontt, i Vieil enchanteur des vieux rochers de Thrace .

I Plus haut encor que Pindare et qu'Horace,

fappenderois a la divinity t * Un livre enfle" de telle gravid

* Que du Bellay luy quitteroit la place.

Si vive encor, Laure par l'univers

Ne fuit volant dessus lesthusques'vera,

Que not re siecle heureusement estime,

Gomme ton nom, honneur des vers francois, Victorieux des peuplcs et des rois, S'en-Toleroit sur l'aile de ma ryme.

Si j'estois Jupiter, Sinope, vous seriez Hon espouse Junon ; si j'estois roy des ondes, Vous seriez ma Tethys, royne des eauz profondes, Et pour vostre maison l'Oc6an vous auriez.

Si la terre estoit mienne, avec moy vous tiendriez [/empire de la terre aux mammelles fecondes, Et, dessus une coche, en belles tresses blondes, Par le peuple, en bonneur deesse vous iriez.

Mais je ne suis pas dieu et si ne le puis estre* :

Le ciel pour vous servir seulement m'a fait naistre,

De vous seule je pren mon sort aventureux.

Vous estes tout mon bien, mon mal et ma fortune ; S'il vous plaist de m 'aimer je deviendray Neptune, Tout Jupiter, tout roy, tout riche ct tout beureux.

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