‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 87 sur 212 · PO&SIE · texte numérisé non relu

PO&SIE

Bel aubespin verdissant,

Fleurissant, Le long de ce beau rivage, Tu es yestu jusqu'au bas

Des longs bras b'une lambrunche sauvage.

Deux camps drillants de fourmis

Se sont mis En garnison sous ta souche; Et dans ton tronc mi-mang6

Arrange Les avettes ont leur couohe. *

Le gentil rossignolet,

Nouvelet, Avecques sa bien-aimee, . Pour ses amours alleger

Vient loger Tout les ans en ta ramie.

Sur ta cyme il fait son ny, .

Bien gamy De laine et de fine soya, Oil ses petits esclorront,

Qui seront De mes mains la douce proye.

Or vy, gentil aubespin,

Vy sans fin, Vy sans que jamais tonnerre Ou la coignee, ou les vents,

Ou les temps Te puissent ruer par terra.

Nous ne tenons en nostre main Le temps futur du lendemain ; La vie, n'a point d'asseurance, Et, pendant que nous desirons La faveur des roys, nous mourons Au milieu de noire Qs^orao&A.

I/homma, apres son dernier trespai.

Plus ne boit no mange la bas, Et, sa grange, qu'il a laissee Pleine de ble devant sa fin, Et sa cave pleine de vin, Ne luy yiennent plus en pensee.

He ! quel gain apporte l'esmoy?

Va, Corydon, appreste-moy Un lict de roses espanch6es.

II me plaist, pour me delascher, A la renverse me coucher Entre les pots et les jonchees.

Fay-moy vertir Daurat icy; Fais-y venir Jodelle aussi, Et toute la musine troupe.

Depuis le soir jusqu'au matin Je veux leur donner un festin Et cent fois leur pendre la coupe.

Verse done et reverse encor ,

Dedans ceste grand' coupe d'or :

Je vay boire a Henry Estienne, Qui des enfers nous a rendu Du vieil Anacr6on perdu La douce lyre teienne.

A toi, gentil Anacreon, Doit son plaisir le biberon ; Et Bacchus te doit ses bouteilles, Amour son compagnon te doit*, Venus et Silene, qui boit L'este dessous l'ombre des treillee.

La belle Venus un jour 41 M'amena son fils Amour; En l'amenant me vint dire :

« Escoute, mon cber Ronsard, - Enseigne a mon enfant Tart De bien jouer de la lyre. »

Incontinent je le pris, Et soigneux je luy appris Gomme Mercure eut la peine De premier la faconner Et de premier en sonner Dessus le mont de Gyllene;

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