‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 86 sur 212 · DE SELECTION DE SON SEPULCHRE · texte numérisé non relu

DE SELECTION DE SON SEPULCHRE

Antres, et vous fontaines, De ces roches bautaines Qui tombez contre bas* D'unglissant pas;

Et vous forests, et ondes Par ces prez vagabonde*, Et vous rives et bob, Oyez ina vois.

Quand le ciel et mon heure Jugeront que je meure, Ravi du beau sejour Du commuQ jour,

Je defens qu'on ne rompe Le marbre pour la pompe De vousloir mon tombeau Bastir plus beau....

Mais bien je veux qu'un arbre H'ombrage au lieu d'un marbre, Arbre qui soit couvert Tousjours de verd*.

De moy puisse la terre Engendrer un lierre M'embrassant en maint tout Tout a l'entour;

Et la vigne tortisse Hon sepulchre embellisse, Faisant de toutes pars Un ombre espars.

La viendront chaque annle A ma feste ordonnee, Avecques leurs troupeauz Les pastoureaux;

Puis, ayant fait Toffice De leur beau sacrifice, Parians a l'isle ainsi Diront ceci :

i Que tu es renomm6e D'estre tombeau nommee D'un de qui l'univers Chante les vers,

« Et qui oncque en sa via Ne fut brule d'envie, Mendiant les honneurs Des grands seigneurs,

32 POfiSIE.

« Ny nV^seigna l'usage De l'amoureux breuvage, « Ny Tart des anciens Magiciens,

« Mais bien a nos campagnes Fit voir les Soeurs compagncs Foulantes l'herbe am sons De ses chansons,

« Car il fit a sa lyre Si bons accords eslire Qu'il orna de ses chants Nous et nos champs 1

« La douce manne tombe A jamais sur sa tombe, Et l'humeur que produit En may lanuitl

« Tout a l'entour l'emmure L'herbe et l'eau qui murmure, L'un tousjours verdoyant, L'autre ondoyant!

• Et nous, ayans memoire Du renom de sa gloire, Lui ferons, comme a Pan, Honneur chaque an. »

Ainsi dira la troupe, Versant de mainte coupe Le sang d'un agnelet Avec du lait,

Dcssus moy, qui a l'heure Scray par la demeure Oil les heureux esprits Ont leur pourpris.

La gresle ne la nege

N'ont tels lieuz pour leur siege

Ne la foudre oncques la

Ne devala.

Mais bien constante y dure

L'immortelle verdure

Et constant en tout temps

Le beau printemps.

Et Zepbire y alaine Les myrtes et la plaine Qui porte les couleurs De mille fleurs.

Le soin qui sollieite Les rois ne les incite Le monde miner Pour dominer,

Ains comrae freres vivent, Et, morts, encore suivent Les mestiers qu'ils avoient Quand ils vivoient.

La, la, J'oirray d'Alcee La lyre courroucee, Et Sappho, qui sur tous Sonne plus doux.

Combien ceux qui entendent Les odes qu'ils respondent Se doivent rejouir De les ouirl...

La seule lyre douce L'ennuy des coeurs repousse, Et va Pesprit flatant Da Pescoutant.

Quand je suis vingt ou trente moil Sans retourner en Vendomois, Plein de pensees vagabondes Plein d'un remors et d'un souci, Aux rocbers je me plains ainsi, Aux hois, aux antres et aux ondes :

Rochers, bien que soyez agez ^ De trois mil ans, vous ne changez

Jamais ny d'estatny de forme; Mais tousjours ma jeunesse fuit, Et la vieillesse qui me suit Dejcune en vieillard me transforme.

Bois, bien que perdiez tous les ans En hyver vos cheveux mouvans,

£CRJvW DU XVV SI&CLB.

34 POfiSIE.

L'an d'apres qui se renouvelle Renouvelle aussi vostre chef; Mais le mien ne pput de rechef Ravoir sa perruque nouvelle.

Antres, je me suis veu chez vous Avoir jadis verds les genous, Le corps habile et la main bonne; Mais ores j'ay le corps plus dur, Et les genoux, que n'est le mur Qui froidement vous environne.

Ondes, sans fin vous promenez, Et vous menez et ramenez Vos flots d'un cours qui ne sejourne ; Et moy, sans faire long sejour, Je m'en vais de nuict et de jour*, Au lieu d'oii plus on ne re tour ne....

Ma douce jouvence est passed, Ma premiere force est cassee, J'ay la dent noire et le chef blanc ; Mes nerfs sont dissous, et mes veines*, Tant j'ay le corps froid, ne sont pleines Que d'une eau rousse en lieu de sang.

Adieu, je sens venir ma fin; Nul passetemps de ma jeunesse Ne m'accompagne en la vieillesse, Que le feu, le lict et le vin.

J'ay la teste toute estourdie De trop d'ans et de maladie ; De tous costez le soin me mord, Et soit que j'aille ou que je tarde, Tousjours apres moy je regards Si je verray venir la mort,

Qui doit, ce me semble, a toute hcure Me mener la bas, ou demeure Je ne scay quel Pluton, qui tient Ouvert a tous venans un antre, Oil bien facilement on entre, Mais d'oii jamais on ne revienU

*Le petit enfant Amour Cueilloit des fleurs a l'entour D'une ruche, ou les avettes Font leurs petites logettes.

Comme il les alloit cueillant, Une avette sommeillant Dans le fond d'une fleurette, Lui piqua la main tendrette.

Si tost que pique se vit, Ah! je suis perdu, ce dit; Et, s'en-courant vers sa mere, Lui monstra sa playe amere :

« Ma mere, voyez ma main, Ge disoit Amour tout plein De pleurs, voyez quelle enflure M'a fait une esgratignurel »

Alors Venus se sou-rit, Et en le baisant le prit, Puis sa main luy a soufflee Pour guarir sa plaie enflee.

« Qui t'a, dy-moy, faux garcon, Blesse de telle facon?

Sont-ce*mes Graces riantes, De leurs aiguilles poignantes?

— Nenny, c'est un serpenteau, Qui vole au printemps nouveau Avecques deux ailerettes

£a et la sur les fleurettes.

— Ah I vrayment je le cognois, Dit Venus; les villageois

De la monlagne d'Hymette Le surnomment Melissette*.

« Si doncques un animal Si petit fait tant de mal, Quand son halesne espoinconne La main de quelque personne,

« Gombien fais-tu de douleurs Au prix de luy, dans les coeurs De ceux contre qui tu jettes Tes homicides sagettes?*

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