‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 90 sur 212 · DE LA FOREST DE 6ASTINE · texte numérisé non relu

DE LA FOREST DE 6ASTINE

Escoute, bucheron, arreste un peu le brasj Ce ne sont pas des bois que tu jettes*-a^bas ; Ne vois-tu pas le sang lequel degoute a force Des nympbes qui vivoient dessous la dure escorce ? Sacrilege meurdrier, si on pend un voleur Pour piller un butin de bien peu de valeur, Combien de feux, de fers, de morts et de depresses Merites-tu, meschant, pour tuer nos deesses ?

Forest, haute maison des oiseaux bocagers 1 Plus le cerf solitaire et les chevreuls legers Ne paistront sous ton ombre, et ta verte criniere Plus du soleil d'este ne rompra la lumiere.

Plus l'amoureux pasteur sur un tronq adoss6, Enflant son flageolet a quatre trous perse, Son mastin a ses pieds, a son flanc la houlette, Ne dira plus le nom de sa belle Janette; Tout deviendra muet, Echo sera sans vois ; Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois, Dont l'ombrage incertain lentement se remue, Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue ;

kO pojSsie.

Tu perdras le silence, et haletans d'effroy

Ny Sat y res ny Pans ne viendront plus chez toy.

Adieu, vieille forest, le jouet de Zephyre, Ou premier j'accorday les langues de ma lyre, Ou premier j'entendi les fleches resonner D'Apollon, qui me vint tout le coeur estonner; Oil premier, admirant ma belle Calliope, Je devins amoureux de sa neuyaine trope, Quand sa main sur le front cent roses me jetta, Et de son propre laict Euterpe m'allaita.

Adieu, vieille forest, adieu testes sacrees, De tableaux et de fleurs autrefois honorees, Maintenant le desdain des passans alterez, Qui, bruslez en l'este* des rayons ethercz, Sans plus trouver le frais de tes douces verdures, Accusent tes meur triers et leur disent injures.

Adieu, chesnes, couronne aux vaillants citoyens ; Arbres de Jupiter, germes Dodon6ens, Qui premiers aux humains donnates a repaistre ; Peuples vrayment ingrats, qui n'ont sceu recognoistre Les biens receus de vous, peuples vrayment gross iers De massacrer ainsi leurs peres nourriciers.

Que Tbomme est malbeureux qui au monde se fie I dieux, que veritable est la philosophic, Qui dit que toute chose a la fin perira, Et qu'en changeant de forme une autre vestira I

De Tempo 1 la valee un jour sera montagne, Et la cyme d'Athos une large campagne ; Neptune quelquefois de ble sera couvert :

La matiere demeure et la forme se perd.

Page 1