‹ Morceaux choisis des poetes et prosateurs français du 16e siecle. Accompagnés de notices développées sur chaque auteur, de notes grammaticales, littéraires et historiques; précédés d'une grammaire abrégée de la langue du 16e siecle, d'études générales sur l'état de la poésie et de la prose a cette époque, et suivis d'un glossaire explicatif et étymologique de tous les termes sortis de l'usage, qui se rencontrent dans ce volumeChapitre 21 sur 91 · ADVERBE · texte numérisé non relu

ADVERBE

I. Le seizième siècle a plusieurs adverbes qui ne sont pas restés dans la langue ou dont l'acception a été très modifiée : ainsin, ainsi; adonc, alors; hity, le ^'ourcfltuy, aujourd'hui; mes/niy, mes/mi, mesui, désormais, tout de suite, depuis longtemps; jà, déjà; 07'e, ores, or, maintenant ; onc, onq, onque, oncqve, onques, oncques, quelquefois, jamais; arsoir, ersoir, hier au soir; prinsaulf, de prime saut, soudainement; dont, à cause que, de ce que; mesmement , surtout; pièça, il y a longtemps ; voire, vraiment.

IL Le plus grand nombre des adverbes de manière se forment à l'aide d'un adjectif féminin auquel on joint le suffixe ment, qui est le latin mens, menlem, auquel les peuples romans ont attribué le sens de façon, manière : bonnement, gracieusement, saintement, sûrement. Jusqu'à la fin du seizième siècle, et plus tard encore, on a dit de même : vraiement, hardiement, regh'ement, continmment : Ve, marque du féminin, a été supprime quand il ne s'est plus prononcé. Mais la trace s'en est conservée, par l'accent circonllexe ou l'accent aigu, dans les mots assidûment, continûment, dûment, aveuglément, etc. Dans l'ancienne langue, les adjectifs qui provenaient d'adjec-

Dli: LA LANGUE DU XVI'' SIÈCLE. XXI

tifs latins à une seule terminaison pour le masculin et le l'éminin n'en avaient non plus qu'une seule pour les deux genres en français : grand, loyal, royal^ vert, fort, abondant, éloquent^ prudent, étaient des deux genres, comme grandis, legalis, regalis, viridis, fortis, abundans, eloquens, pi'udens. Les adverbes formés avec les adjectifs de cette classe n'avaient donc pas d'e avant la terminaison ment, et on écrivait : grantment ou granment, loyalment, fortment, ou form^.nt, abondantm".nt ou abondamment, assiduelment, etc. A partir du quatorzième siècle l'oubli des lois premières de formation et l'instinct de l'uniformité firent écrire grandement, loyalement, assiduellement, etc., comme bonnement, saintement, etc. Le seizième siècle, poursuivant l'assimilation, refit abondantement, eloquentement, galantement, plaisantement, prudentement, etc., sur le féminin abondante, éloquente, galante, plaisante, prudente; mais la forme archaïque reprit faveur, et abondamment, eloquemment, plaisamment, etc. , furent rétablis et restèrent dans l'usage, quoiqu'ils ne correspondissent plus à un principe de syntaxe.

IIL Un certain nombre d'adverbes en ment sont propres au seizième siècle : ensemblement , incestement, incestueusement ; crespement, à la manière de ce qui est crespé ou. crépu, par boucles, etc., etc.

IV. La langue du seizième siècle est très riche en locutions adverbiales; nous nous contenterons d'indiquer quelques-unes des principales : à tant, alors, aussitôt; jà desjà, comme déjà; à coup, tout d'un coup; souvent es foys, souvent; aucunes fois, quelquefois; toutes fois et quantes, autant de fois, chaque fois que; dez lors en avant, d'ores en avant, désormais; en ça, en deçi, en arrière; sur ce point, à ce moment; en brief, promptement; voyez là, voilà; voyez ci, voici : « Tenez, voyez là vostre argent [^àb.); voyez ci argent comptant (Id.); » à

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