CORR0ZET
Quelques poètes, bans être des fabulistes proprement dits, ont introduit des apologues dans leurs ouvrages. Nous nous contenterons de nommer Clcmcnt Marot, dont on a lu plus haut la charmante fable du Lion et du Rat, dans son Epistre ù Lyon Jamet.
Les fables qui suivent suffiront pour faire apprécier ce qu'était le genre de l'apologuo au siècle dont nous nous occupons. Nous citerons de préférence dos sujets que la Fontaine a immortalisés eu s'en emparant.
Du Regnard et du Corbeau.
Ung noir corbeau dessus ung arbre estoit
Et en son bec ung fromaige portoit,
Qu'il avoit pris : ung regnard, d'adventure,
Passoit par la, qui chercboit sa pasture,
Et en voyant le corbeau et sa proye,
La convoita, puis s'arreste en la voye,
Et en louant fainctemeiit le corbeau,
Dict : « Mon amy, que ton plumaige est beau!
J'apperçoy bien à ceste heure que non
Est vray le bruict et le commun renom;
Car chacun dict que noir est ton plumaige,
Mais il est blanc, voire blanc d'avantaige
Que neige n'est, ne le laict, ne les cignes,
J'en recognois bien maintenant les signes.
Si donc, avec tes plumes, tu avois
Le chant plaisant et délectable voix.
Certes, amy, je te jure ma foy
Que tu serois sur tous oyseaulx le roy. »
Lors le corbeau, esmeu de gloire vaine,
Ouvre le bec et de chanter prend peine,
Et le fromaige alors chet promptement;
Regnard le prend et fuyt soubdainement.
Le corbeau crie en se voyant deceu :
« Je suis trompé, je l'ay bien apperçeu,
Et cognois bien qu'on ne doit jamais croire A ung flateur, qui donne vaine gloire. »
(CoRROZET, Fables, édition 1542, c. II.)
D^un Pasteur et du Lyon.
Un pasteur trouvant un aigneau
Adiré* de son estable, Promet à Jupiter un veau En sacrifice honorable, Si cette grâce luy faisoit De trouver celuy qui l'avoit.
Peu après le pasteur cherchant Sa beste ainsi desrobee, Trouva sur un coustau^ penchant
Le lyon à gueule bee'^ Qui le tenant le devoroit, Et en fureur le regardoit.
Dont effrayé, et en sueur, Les mains au ciel vint estendre, Disant : « 0 Jupiter seigneur,
Promis t'avois un veau tendre Si je trouvois en lieu que soit, Celuy qui mon aigneau avoit; Mais maintenant je te promets De t'offrir beuf et génisse.
Si de ta bonté tu permets Que sain sauver je me puisse De ce cruel lyon (mais beau 1), Et si luy donne mon aigneau. »
Il vault mieux poursuyr^ rasseurance * Egare. — - Coteau. — 3 Béante. — * Poursuivre.