MELLIN DE SAINT-GELAIS
Mellin ou Merlin de Saint-Gelais, fils ou neveu du poète-cvêque Octavien de Saint-Gelais, naquit à Angoulême, en 14i)l. Il reçut une éducation soignée, et voyagea en Italie d'où il rapporta, dit-on, le madrigal et le sonnet. Il prit bientôt l'habit ecclésiastique, mais il ne s'occupa guère d'en remplir les devoirs. Tout son temps fat donné à la poésie et au plaisir. Il suivit le plaisir par entraînement et par fougue de tempérament, et cultiva la poésie pour le charme qu'il y trouvait. Quant à la gloire et à la célébrité, il ne s'en préoccupa nullement.
Mellin de Saint-Gelais était contemporain des novateurs de la Pléiade, mais il leur résista constamment. Disciple fervent de Clément Marot, il le vengea des attaques de Sagon, dans une assez jolie ballade intitulée du Chat et du Milan, et défendit avec énergie sa tradition auprès de Charles IX; mais il fut loin de reproduire les qualités exquises de son maître. Justement choqué des défauts de la nouvelle école, il eut le mérite d'éviter le pindarisme, mais il ne sut pas se garder d'un abus pire encore : il tomba dans le pcirarquisme le plus afi'adi.
Presque complètement dénué du don de créer, il imita Ovide, l'Anthologie, Jean Second, Pétrarque et les imitateurs de Pétrarque, et il n'emprunta guère à tous ces auteurs que ce qu'ils ont de moins saillant et de moins élevé. Les petits genres traités d'une petite manière, voilà Mellin de Saint-Gelais.
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l'iion de plus futile, en général, que les sujets des poésies de cet
it>'ur qu'on a nommé avec si peu de raison VOvide français. 11 com-
i>a des cartels pour les fêtes de la cour de François I^^"" et des de-
^i^s pour les nobles amants. Il fit une multitude de petites pièces,
iiitains, dizains, onzains, douzains, — qui pres(iuc tous oscillent
itre la reclierclie et la banalité ', — sur une paire de gants, sur
1 miroir, sur des heures, sur un psautier, sur une poudre de toi-
i\ sur un luth, sur une belette apprivoisée. Ce fut, sous Fran-
- l'r et Henri II, un poète de cour ;\ tout faire.
. poète de cour et de société devait se plaire aux impromptus. Il
lit qu'il lui en échapjjait de très fins. Quelquefois François F""
usait ;\ en faire avec lui. « Le roi, dit l'historien Gaillard, ou-
t le discours en vers, Saint-Gtdais achevait la phrase sur les
ines rimes. Un jour, le roi apostrophant ainsi son cheval :
X Joli, gentil, petit cheval.
Bon à mouter, bon à descendre, n
lit que Saint-Gelais ajouta sur-le-champ :
« Sans que tu sois un Buce^ihal,
Tu portes plus grand qu'Alexandre. «
Si le fait est vrai, ajoute avec raison l'historien de François pr, i-Gelais était plus heureux en impromptus qu'en ouvrages mé-
llellin aimait fort aussi à cultiver le genre cpigrammatique. On peut citer de lui quelques cpigrammes à la grecque fort bien troussées, comme on disait alors. Voici peut-être les plus jolies :
D'un paisant.
Un maistre es arts, mal chaussé et vestu,
Chez un paisant demandoit à repaistre,
Disant qu'on doit honnorer la vertu
Et les sept arts, dont il fut passé maistre.
« Comment ? sept arts, respond l'homme champestre,
^ C'est le jugement d'un critique très fin et très sagace, M. Charles d'Héricault.
2 Hist. de Fjwiçois /«r, t. VIII, p. 48.
130 POÈTES DU XVl" SIÈCLE.
Je n'en say nul horsmis mon labourage ; Mais je suis saoul lorsqu'il me plaist de l'estre, Et si nourris ma femme et mon mesnage^ ! »
Le maistre Jehan Thibault.
Jehan Thibault entre ses amis Se lamente en toute saison Du roy qui luy avoit promis De luy donner une maison ; Mais le fol se plaint sans raison, <;ar le roy a bien peu savoir Que Jehan Thibault nul ne va voir Pour rire, ainsy que nous faisons, A qui pour quelque argent avoir Il n'érige douze maisons.
A un importun qui se plaignait que Saint-Gelais ne l'eût pas loué '^. .
Tu te plains, amy, grandement, Qu'en mes vers j'ay loué Clément Et que je n'ay rien dit de toy.
Gomment veux tu que je m'amuse A louer ny toy ny ta muse ?
Tu le fais cent fois mieux que moy.
Souvent Mellin de Saint-Gelais a montré naïveté, finesse et douce facilité dans l'épigramme ; mais d'ordinaire il est prétentieux et mignard, froid, terne et forcé.
Ce poète, si peu énergique dans l'épigramme, ne manquait pas de 1 édition 1Ô74, p. 139. — « Ibid., p. 12:5.
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causticité. Tliovet, dans ses Portraits des hommes illustres, iémo\gnQ a ([u'il estoit prompt et soudain à reprendre et censurer les faultes il'autruy. »
Il se lit même beaucoup d'ennemis et acquit, peut-être sans l'avoir nii'rité, une réputation d'envie et de malveillance, parles railleries Il 'ssantes (ju'il aimait h. décocher contre tout le monde, môme en [ir. sence du roi et des courtisans. « De mauvais cœur, en pleine assemblée, devant le roi, dit Binet, il calomnia les œuvres de Ronsard. »
Du Bellay dans la satire du Poè/e coj^ri/san, Ronsard en plusieurs ( ndroits de ses odes, répondirent aigrement aux attaques de Mellin.
riuillaurae des Autels, ami des deux rivaux, s'efforça, d'accord avec quehines autres hommes modérés, de mettre fin à une querelle (|ui troublait tout le Parnasse d'alors, et il parvint enfin à réconcilii'r ces deux poètes qui vécurent désormais en amis. Les poésies de l'ioiisard et de du Bellay, composées depuis cette réconciliation, lui ntionnent souvent avec éloge Meliin de Saint-Gelais.
C'est surtout comme poète lyrique qu'il a été vanté par Ronsard ' t ses amis. C'est pour ses odes qu'Olivier de Magny exaltait « le jrave, doux, savant Mellin i. » C'est pour ses odes que Sibilet le déclarait « tant doux que divin 2. »
Mellin de Saint-Gelais passe pour avoir introduit le sonnet d'Italie l'ii France. Mais, nous l'avons déjà dit, les Italiens ne l'avaient-ils pas eux-mêmes emprunté aux troubadours provençaux et languedociens? Quoi qu'il en soit, si Mellin est l'introducteur du sonnet en France, il n'est pas de ceux entre les mains de qui ce genre aimable brilla d'un grand éclat. Ses sonnets, peu nombreux, sont médiocres cl communs.
On croit aussi que c'est Mellin qui rapporta d'Italie le madrigal, mais il serait difficile d'en citer de lui un seul vraiment original et délicatement écrit.
Sans énergie dans la satire, sans chaleur dans les vers tendres, sans concision et sans verve dans le rondeau, ses élégies sont faibles et froides.
Les morceaux où il a déployé le plus de verve sont des poésies obscènes ou impies qui lui donnent un certain air de parenté avec les Voltaire et les Parny.
< Amours, édition lôlS, î" 30, \°. — '^ Ait. poét., 11, 6.
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Saint-Gelais fut d'ailleurs peu mêlé aux partis ou aux intrigues. Homme de cour, il n'était pas agité d'ambition ni de cupidité. C'était un épicurien avisé, qui prenait doucement la vie, et avait pour maxime favorite d'éviter le chagrin et les larmes.
La Fable au seizième siècle.
GILLES CORROZET (15H-1568), PHILIBERT HÉGÉilON (1535-1595), , GUILLAUME GUÉROULT (mORT APRÈS 1561), GUILLAUME HAUDENT (né au COMMENCEMENT DU SEIZIÈME SIÈCLe), FRANÇOIS HABERT
Depuis le treizième siècle, le genre de la fable, imité des anciens, n'avait jamais été complètement oublié en France. Gilles Corrozet eut l'honneur de le rajeunir le premier, au seizième siècle, en traduisant en vers français, et en dédiant au dauphin, depuis Henri II, cent fables d'Esope (1542). La Fontaine paraît avoir connu cette fidèle version et y avoir puisé plus d'un trait.
Philibert Hégémon, dont le nom de famille était Ovide, qu'il traduisit en grec selon l'usage de son temps, a laissé vingt-deux fables narrées avec un certain art et écrites avec une simplicité qui n'est pas sans charme.
Guillaume Guéroult, né h Rouen, vers les premières années du seizième siècle, vivra à l'abri de la gloire de la Fontaine, parce qu'on rapprochera toujours sa fable, le Lyon, le Loup et CAsne, du chef-d'œuvre du grand fabuliste, les Animaux malades de la peste.
Dans le récit de Guéroult que nous offrons ici, et qui marque la transition entre l'apologue du moyen âge et l'apologue de la Fontaine, on verra des traits vraiment excellents, la flatterie du loup exaltant les droits illimités du prince, le ton protecteur et familier avec lequel le lion réplique au loup, et le ton sévère et menaçant qu'il prend en s'adressant à l'âne trop sincère et trop maladroit.
(iuiUaume Haudf.nt, prêtre de Normandie, a traduit du latin en rithme francoyse trois centz soixante et six apologues d'Esope. Il est dénué de tout talent poétique et rime avec une platitude repoussante; son seul mérite est d'avoir fourni à la Fontaine quelques sujets, quelques idées, quelques vers.
François Hadkrt, l'un des écrivains les plus féconds et les plus surfaits du seizième siècle, auteur d'une quantité énorme d'ouvrages en vers et en prose, publiés sous la qualification du lianny <le lycssc, a laissé un recueil de fables dont quelques-unes ont depuis été traitées par la Fontaine. Nous citerons de lui une fable écrite, — par exception, — avec beaucoup de naturel et de simplicité.