‹ Morceaux choisis des poetes et prosateurs français du 16e siecle. Accompagnés de notices développées sur chaque auteur, de notes grammaticales, littéraires et historiques; précédés d'une grammaire abrégée de la langue du 16e siecle, d'études générales sur l'état de la poésie et de la prose a cette époque, et suivis d'un glossaire explicatif et étymologique de tous les termes sortis de l'usage, qui se rencontrent dans ce volumeChapitre 61 sur 91 · ENGUERRAN · texte numérisé non relu

ENGUERRAN

Velà le vin du compagnon 2.

{Mystère de la vie de Monseigneur sainct Louis, roy de France, édition de la Bibliothèque elzévirienne, t. II, p. 241.)

Une Scène d'intérieur 3.

LA MÈRE

Toutes les foiz que me recorde '' Des maulx que tu me fais, mon filz, Mes membres sont tous desconfis^ Tout le mien despens ^, somme toute, Tu ne sçays pas qu'à gaigner couste.

* Sans plus d'enqnôtc, sans autre forme de procès. — * Le compagnon désigiKi lo sire do Coucy. Comparez la mort des Enfants (TË'Iouard, par Casimir Delavigne, et le Sacrifice d'Abraham, par Théodore de Bôzu. Saint Louis, apprenant cette odiouse esécution, ec fera bonne justice. — ^ Gringoire met en présence une mire et un fils dissipateur. — '* llecordor, je me rappelle. — ^ Je n'ai plu» aucune force dans les membres. — « Tu dépenses tout mon avoir.

PIERKE GRINGOIRE. O»

Tu metz toute ton estudie * A suyvre folle compagnye; Cuyde tu qu'il t'en prenne bien 2?

LE FILS

Paix ! paix ! vous n'y entendez rien.

Pour Dieu ! vous me la baillez belle ! Tenir me vouliez en tutelle, Pour ce que vous estez ma mère.

LA MÈRE

Tu as jà la part de ton père Mangée; je croy, pour abréger, Que tu veulx encoire mengier Tout ce que j'ay. Je te supplie Que ne maincs plus telle vie, Où il n'y a sens ne raison.

Je t'ay rachetté de prison Plusieurs foys.

LE FILS

Le dyable y ait part M Tousjours me tensez^ fort et tart, Ainssy qu'on feroit d'un novice.

LA MÈRE

Si tu es reprins^ de justicÈ,

Je mourray de dueil, par mon âme !

LE FILS

Maugré en ayt bien de la femme, Tant el' a de babil !

fï 1 Estudie, rimo pour estude. — '^ Penses-tu t'en trouver bien? L'expression m(i^ t'en prend est restée dans la langue. — ^ Au diable vos remontrances 1 — * Vous me grondez toujours... Tensev, aujourd'hui lancer, vient d'un type fictit, tentiare, bas latin, contenUare, disputer, de tentas, participe passif de ten-^re. — ^ Repris.

196 POÈTES DU XVl^ SIÈCLE.

LA MHRE.

Beau sire, Ton bien et ton honneur désire, Et aurons dueil, (que tu l'entendez !) Se tu laisoies, avec les bendes Que hantes, quelque tour villain.

LE FILS

Eh ! le prevost^ est mon parrain-, Gela me met hors de soucy.

La mère insiste encore avec une tendresse mêlée de faiblesse, elle fait valoir tous ses sacrifices :

Tu sçays que j'ay eu plusieurs pertes Depuis la mort de ton bon père.

LE FILS

Assez suys grand pour me conduyre.

LA îlàRE.

Helas ! et tu me veulx destruyre !

Et je t'ayme tant, mon enfant !

LE FILS

Taisez-vous ! je suys assez grant Pour sçavoir ce que j'ay affaire '^.

Je m'en voys; vous avez beau braire.

Je feray comme je l'entends.

Pourquoy ne passeray je temps Comme les aultres? Je m'en voys.

[Ib., p. 193.)

Toutes les supplications maternelles sont impuissantes. Mais ce mauvais sujet en portera la peine, et finit par commettre de tels mé-

1 Prévost, préposé du roi, prœposttiis. — - Parrain, du bas latin patrinus, dérive de patcr, — ^ Ca que j'ai h, faire.

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