DE LA LANGUE DU XVI" SIÈCLE. IX
tout ce qu'on boit, de potionem, ils refont potion ; on avait poulpe, de polypus, ils refont polype ; on avait 'proisme, très proche, prochain, de p7-oximiis, ils refont proxime ; on avait t^evenger, ùq revindicare , ils refont revendiquer ; on avait saete, saette, flèche, de sagitta, ils refont sagette ; on oysài traître, cas sujet, de Iraditor, et traïtor, cas régime, de iy'aditorem, ils refont traditeur ; on avait venger, de vindicare, ils refont vindiquer ; etc., etc. Une partie seulement de ces mots était destinée à vivre.
Les significations toutes latines se multiplient comme les mots tout latins. Par exemple, clair s'emploie, comme le latin clarus, dans le sens d'illustre :
« Des autres vierges le nom Sera clair en vostre gloire. »
(Ronsard.)
Rabelais dit révoquer en usage, revocare in usum, pour remettre en usage ; Saint-Gelais dit déduire des vers pour composer des vers, deducere vei^sus. Argument s'employait dans le sens de sujet, comme argumentum :
« Ou plus tost ta faveur sera un Piéride, Uargument de mes vers, et de mes vers la guide. »
(J. A. DE Baîf.)
Tout cela est moins du français que du latin.
Le génie français s'oublie à bien des égards ; on oublie surtout d'une manière très fâcheuse les lois de formation de notre idiome. Un exemple. Deux mots très rapprochés mais distincts existaient au moyen âge : le seizième siècle a donné aux deux la même signification; bientôt un seul survit, avec une acception qui n'était pas la sienne. Le moyen âge avait araigne, aragne, iraigne, tirés d'amnea, et ayant gardé le même sens, et araignée, iraignée, toile d'araignée, d'araneata, chose