LA SYBILLE
La prêtresse de Phébus habitait solitaire dans un antre ; une profonde austérité régnait dans son âme pudique. Souvent à la faveur des ombres de la nuit silencieuse, le dieu s’approchait de la syhiile pour éclairer son intelligence.
Interdite, elle tombait à ses pieds, et ses membres frissonnaient de la sainte terreur que lui inspirait cet hôte divin; ses lèvres entr’ouvertes laissaient échapper les chants prophétiques qui faisaient retentir les rochers d’alentour.
Alors, sur des feuilles de palmier, consacrées par ce pieux usage, elle écrivait les oracles des dieux qu'Apollon lui avait révélés. Les enfants des hommes venaient en foule demander, lire, apprendre ce que l’avenir renferme dans son sein.
Mais le plus souvent, malgré les verrou x qui fermaient sa porte, un vent impétueux pénétrait dans l’antre, et sans qu’on put les retenir ou les sauver, balayait, en mugissant dans l’espace, les feuilles légères.
Sans s’inquiéter de son ouvrage, mis en pièces par l’ouragan, la prêtresse ne s’efforçait jamais de retenir une seule de ces feuilles. Celui qui, accablé par l’infortune, venait, conduit par l’espérance, demander à la sybille quelque consolation, maudissait alors sa destinée.
La sagesse ne tolère pas qu’on la fasse servir de jouet. Mortels, retenez bien dans vos cœurs les oracles de la raison. Malheur à celui chez qui les orages des passions ont détruit l’ordre et l’harmonie : il n’a plus à espérer leur retour.
W, Scklegel.