LE CHAGRIN ET LA JOIE
Le tonnerre grondait dans l'abîme, et l’éclair brillait sur les hauteurs. , .
Voilà qu’à l’appel du Destin, le Chagrin sortit des sombres profondeurs de la terre. Il poussait de douloureux gémissements, et partout où il portait ses pas s’élevaient des rochers aigus et foisonnaient des plantes vénéneuses.
Soudain un arc-en-ciel apparaît tout le long des nuages sombres; le Destin fait de nouveau un signe, et une vierge, au teint de rose, descend de l’olympe. Accompagnée de l’Aurore, elle s’avance entourée de fleurs.
Sortant d’une sombre caverne, le Chagrin s’élance au-devant de lui d’un air farouche et lui dit : — Tu marcheras à gauche et moi à droite, afin que nous ne nous rencontrions jamais sur notre route ; mon cœur te hait d’une haine implacable.
La Joie dit en souriant: « Je marcherai à gauche et toi à droite afin que nous ne nous rencontrions jamais sur notre route. J’aime la sainte lumière du soleil et je fuis ton visage morose. t Elle dit ; un nuage d’un rouge foncé traverse la voûte céleste, et de ce nuage descend une voix : « Vous suivez l’impulsion sévère du Destin, et vos sentiers s'entrelaceront étroitement l’un dans l’autre. Quoique séparés par la haine, vous, vous rencontrerez éternellement. Tous deux vous élèverez mes enfants dans la douceur et la sévérité, et c’est ainsi que, grâce à cette double éducation, fleurira une race d’hommes doués de vertus viriles*.
A. Une race virile.