HYMNE MATINAL
La lune se cache; le voile grisâtre du brouillard ne couvre plus l’air et la terre; l'éclat des étoiles s'évanouit; les feus actifs du soleil arrachent tous les êtres au repos.
Le ciel se colore de pourpre et de saphirs; l’aurore matinale sourit, et l’éclat des roses qui ornent son front met en fuite les pâles légions de la nuit.
Sur la voûte 1 sereine des étoiles, à travers la porte enflammée de l’Orient, s’avance le flambeau resplendissant de l’univers. Les nuages blafards s’allument et brillent de rubis étincelants; l’or étend sur la campagne ses vives lueurs.
Les roses s’enlrouvent et font miroiter au soleil les perles de la rosée matinale; les émanations ambrées du iys animent, pour charmer nos sens, le tendre salin de sa corolle grise.
Le diligent laboureur se hâte d’aller dans ses champs en friche et conduit gatment la pesante charrue; les oiseaux agiles traversent d’un vol léger les airs et les forêts qu’i* font retentir de leur chant matinal.
O Créateur 1 tout ce que je vois est l’ouvrage de ta toutepuissance; tues l’âme de la nature; le cours et la lumière des étoiles, l’éclat et la force du soleil sont l’œuvre de ta main et en portent l’empreinte.
Tu allumes le flambeau qui brille dans la Lune ; tu donnes
*. La scène. — Dans le texte, la métaphore est tirée du théâtre.
des ailes aux vents ; tu prêtes à la nuit l’humide rosée ; tu règles la course et lo repos des astres.
Arrondies par ta main, l’argile et la poussière sont devenues la matière des étoiles; tu as forgé de sable l’airain enfoncé dans les entrailles de la terre; tu as mis en son lieu la voûte du firmament et tu l’as enveloppée du voile des nuages.
C’est toi qui as creusé les veines du poisson qui lance des torrents et bouleverse les ondes de sa queue; tu as formé de terre l’éléphant colossal, et animé cette masse d’os pareille à une montagne.
Tu as construit dans le vide les voûtes de saphir qui couvrent le vaste espace des cieux; l’univers, qui n’est limité que par lui-mème , ta seule parole le tira du néant.
Mais, ô Dieu trois fois grand 1 les âmes créées sont beaucoup trop imparfaites pour comprendre tes œuvres, qui sont infiniment grandes; pour les compter, il faudrait être infini comme toi-même. '
Être incompréhensible 1 je reste enfermé dans mes bornes ; soleil, tu éblouis mes faibles yeux. Celui auquel les cieux eux-mêmes doivent leur existence n’a pas besoin des louanges d’un vermisseau.
A. de Haller.