‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 163 sur 249 · LE LION CHASSEUR · texte numérisé non relu

LE LION CHASSEUR

Le lion est le roi du désert. Veut-il parcourir son domaine, il chemine vers la lagune, et, couché dans les hautes herbes, où vont boire gazelles et bubales, il les épie du milieu des roseaux ; le feuillage du sycomore s’agite frémissant au passage du puissant animal.

Le soir, quand les feux illuminent de leurs ronges lueurs les krales des Hottentots, que les signaux changeants et bariolés ne brillent plus sur le cap de Bonne-Espérance, quand le Caffre erre solitaire dans la savane et que l’antilope sommeille dans le buisson et le guu au bord du fleuve ;

Voyez 1 la girafe traversant majestueusement le désert se dirige vers la lagune pour rafraîchir dans l’onde saumâtre sa langue brûlante et desséchée. Dévorée par la soif, elle parcourt d’un pas rapide les plaines nues, et, les genoux ployés, étendant son long cou, elle boit avec volupté dans les flaques limoneuses.

Soudain les roseaux s’agitent, le lion s’élance sur son dos en rugissant. Quel magnifique coursier ! Vit-on jamais dans les écuries d’une résidence princière une housse plus splendide que la peau mouchetée du coursier monté par le roi des animaux.

Dans les muscles de la nuque, il enfonce ses dents avides, et la jaune crinière du cavalier flotte sur les épaules du cheval gigantesque. Torturée par la douleur, poussant de sourds gémissements, la girafe s’élance et fuit. Voyez l elle associe la rapidité du chameau au pelage de la panthère.

Elle effleure d’un pied léger les plaines éclairées par la lune; ses yeux hagards sortent de leur orbite; un sang noir coule goutte à goutte sur son cou tigré de brun, et le désert silencieux entend battre le cœur de l’animal fugitif.

Comme la nuée dont la lueur guidait les enfants d’Israël vers le pays de Canaan, semblable au génie du désert, au simoun blafard, une trombe de sable tourbillonne derrière eux comme une colonne jaunâtre dans le vaste océan du désert.

Le vautour les suit en croassant; l’air siffle sous son aile rapide. L’hyène, la violatrice dos tombeaux, se précipite sur leurs traces, ainsi que la panthère qui exerce son brigandage dans les parcs du Caffre : le sang et la sueur marquent le passage formidable de leur roi.

Tremblants, ils voient le monarque étendu sur ce trône vivant déchirer de sa griffe aiguë les coussins bariolés de sa couche. Sans repos ni trêve, il faut que la girafe le porte jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent. Contre un pareil cavalier, se cabrer et ruer ne sert de rien.

Sur la limite du désert, elle chancelle, s’abat et fait entendre un dernier râle. Couvert de poussière et d’écume, le coursier mort devient la proie du cavalier. A l’est, au delà de Madagascar, on voit au loin briller l’aurore. C’est ainsi que le roi des animaux parcourt nuitamment les frontières de son empire.

Frciiigralh.

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