LA MER
Qui pourra me dire le nom de cette reine ? Elle tient le globe terrestre fortement embrassé, et aussi loin que s’étendent les rayons brûlants du soleil , elle gouverne d’une main puissante. Le peuplé qui s’est allié avec elle a bientôt dominé le monde entier; celui pour qui elle a tressé la couronne triomphale a éclipsé la gloire des plus grands héros.
La pourpre foncée lui appartient en propre; elle se pare de bleu d’azur ; mais c’est lorsqu’elle emprunte le doux éclat de la fraîche verdure, dont le printemps orne les prairies, qu’elle se montre dans toute sa beauté. Le moindre frémissement de l’air, agité par là brise, fait ondoyer les Mille plis du manteau qui l’enveloppe.
Aux premiers rayons du soleil resplendit la bordure brochée d’or de sa tunique ; sur les contours de son beau sein étincellent des pierreries de la plus belle eau , et lorsque, dans le silence solennel de la nuit, la lune parcourt la voûte céleste, son voile au léger tissu est semé d’étoiles d’or.
Dans son noble et royal palais rayonne le cristal éblouissant, et une profusion de perles et de corail brille sur sa poitrine et sa ceinture. Elle orne son diadème et sa couronne des larmes de ses peuples dont les incalculables myriades habitent sa maison de diamant.
Cédant à une inclination secrète, elle a choisi le ciel pour époux. Elle se tait quand il l’ordonne, et élève la voix quand il l’appelle. S’il excite sa fureur sauvage, l’éclat de sa beauté s’évanouit, et, levant sa tète orgueilleuse, elle montre la puissance d’un monstre terrible.
Son corps, qui prend la forme d’un amas de dragons, se recourbe et se dresse comme un serpent. Avec mille gueules
béantes de lion , elle se précipite sur la terre d’un bond rapide. Il n’est pas de digue élevée qu’elle ne franchisse intrépidement; il n'est pas de campagne qui soit è l’abri de son audace et qu’elle ne se fasse un plaisir de dévorer avec une avidité sauvage.
Elle a l’écume à la bouche; on la voit avaler des rochers, on l’entend engloutir dans le gouffre profond de sa gueule les bancs de cailloux. Et lorsque le ciel recommence à sourire et lui adresse de douces paroles, il ne lui est pas facile de la calmer, elle exhale longtemps encore sa rage et sa fureur.
A la fin cependant s’aplanissent les vagues de son sein soulevé par ses sauvages transports ; son regard devient transparent, et son œil limpide nage dans une céleste volupté. Du haut du ciel, les étoiles font luire leur douce lumière et se mirent dans l’humide azur, et nous rendons notre confiance à l’auguste reine.
F. Fœrsler.