‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 198 sur 249 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

Je quittai Naples de grand matin, et jetai mes soucis dans la mer étincelante. Bercé par les oscillations de ma gondole, je portais mes regards à gauche vers le Vésuve, dont la fumée, dorée par le soleil, se transformait en douce vapeur. Je laissai le géant derrière moi. La ville se déployait dans toute sa parure, le front couronné de châteaux, le bord de sa tunique baigné par les vagues. Je vis la reine dominer au loin et je naviguai le long de la frange de son manteau. Le tumulte de la rue de Tolède s’évanouissait, et je n’entendais plus que le bruit de ma rame. Le vent gonflait ma petite voile. J’étais arrivé à l’endroit où les dernières maisons, s’écartant des rues, viennent s’appuyer silencieusement au Pausilippe. En passant, j’adressai un salut au tombeau de Virgile :

a O toi dont la voix sonore chanta les armes et les guerriers! toi qui chantas la charrue et les champs, les jardins, les prairies et les bois, le dieu des bergers et des troupeaux, la mer, le ciel et la terre ! c’est à bon droit, ô poète ! que l’on a assigné cette place à ton tombeau, qui, de ces hauteurs aériennes, domine la mer, la terre et le ciel. La tête ceinte de lauriers, entouré des splendeurs de l’aurore, es-tu maintenant debout sur ta tombe? tes yeux de poète voient-ils le monde mieux que je ne puis le voir moi-même? Ici, autour du golfe, est l’Elysée que tu chantas; là-bas, derrière le Pausilippe qui le dérobe à nos regards, coule l’Averne. » O Pausilippe 1 toi qui mets un terme aux chagrins, qui dissipes les douleurs, ils se sont enfuis les soucis du poète auquel tu as accordé une tombe si belle. Et moi aussi, libre d’inquiétude, comme si déjà j’étais enseveli sur ta cime, je navigue sur ta rive fleurie avec la sérénité de la jeunesse

Rueckert.

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