Aux leux où l’on donne des gages
Belle comme un ange, on la voyait dans son costume de bergère devant la porte de sa petite cabane. Les fleurs des champs étaient ses pierreries, et une violette l’ornement de son sein. Les ailes du zéphyr étaient son éventail, et le brouillard du matin 1 2 son cabinet de toilette; cette source argentée lui servait de miroir, et ce ruisseau lui tenait lieu de fard.
La modestie respirait dans ses yeux et ses joues de rose comme la paisible lumière de la lune. Jamais l'ange de la pureté n’abandonna cette aimable bergère. Ivres d’amour, les jeunes gens suivaient de leurs regards enflammés les charmes de cette aimable jeune fille; mais nul autre que son fidèle amant ne sut toucher son cœur.
Nul autre que son Guillaume. Lorsque la fête du printemps appelait ce couple vertueux dans le bosquet de hêtres, sous le feuillage, à travers lequel perçait l’azur du ciel, ils couraient prendre part à la valse allemande. Quand venait la moisson, Rose donnait à son fiancé des rubans de plusieurs couleurs pour orner son chapeau de paille®, s’asseyait avec lui sur une gerbe de blé et l’encourageait au travail par un sourire.
En liant les épis que moissonnait Guillaume, elle lançait à son amant de doux regards jusqu’à ce que la fraîcheur arrivât et que la pourpre du soir perçât les nuages blafards de l’Occident. Guillaume aimait Rose par-dessus tout ; elle était sa pensée du jour, son rêve de la nuit; les anges s’aiment à peine comme s’aimaient Rose et son fidèle amant.
Guillaume 1 Guillaume 1 le gtes funèbre retentit, on entonne le chant des morts. Paré de crêpes noirs, le lugubre cortège s’avance précédé par la couronne funéraire agitée par les vents. Son livre de prières à la main, l’œil baigné de larmes, Guillaume s’avance en chancelant de la tombe ouverte, et essuie avec le blanc suaire les pleurs qui coulent de ses yeux.
1. Quelques éditions de Hœlty donnent flJJovgotfyiiii au lieu de ÜDicrgeittÇau.