MORT DU SAUVEUR
.... Le messager de la justice divine abaisse son vol vers la terre, s’abat sur le Sinaï, et s’y arrête frappé d’épouvante. II est là seul sur la montagne, accablé sous le poids des ordres de l’Éternel ; il lui semble que le ciel et la terre s’enfuient, s’abîment, disparaissent. Le conservateur des êtres finis lui donne des forces, afin que lui-même ne se perde pas dans le néant. La terreur cesse de l’étreindre de son bras de fer ; mais il est encore plein d’étonnement et de tristesse. Sa main défaillante soutient avec effort le glaive flamboyant. Au lieu de cet éclat sanglant dont chaque rayon brûle et tue lorsque le Juge suprême l’envoie pour moissonner les hommes, cette arme redoutable ne jette plus qu’une pâle lueur. Accablé à l’aspect du Rédempteur mourant, l’ange exterminateur se prosterne sur la colline avant d’accomplir les ordres de Jéhova. Sa voix, naguère menaçante comme celle du tonnerre, n’est plus qu’un gémissement étouffé; cependant, il est entendu par le saint cortège qui entoure le Sauveur, a Fils de l’Éternel, dit-il, je suis, humble créature, envoyé vers toi par Celui dont ta mort seule peut désarmer la justice. O être incréé!
fortifie mon bras défaillant, afin que je puisse exécuter l'ordro qui m’a été donné. Hélas! Seigneur, depuis que, par un arrêt impénétrable, tu es attaché à la croix, cet ordre terrible pèse sur mon âme finie comme des mondes écroulés. Dieu, juge suprême, que suis-je; que suis-je, hélas! pour que Dieu m’envoie t’annoncer la mort la plus terrible? un esprit créé d’hier, enfermé dans un corps qui me rappelle mon néant et que tu as formé d’une vague de feu et d’un nuage nocturne! Médiateur tout-puissant, je suis environné d’une terreur, d’une tristesse, d’une angoisse que je n'avais jamais ressenties; mais Jéhova l’ordonne, il faut que j’obéisse. »
Il dit et se dresse en frissonnant sur les hauteurs du Sinaï. Jéhova lui rend toutes ses épouvantes; il se lève terrible, dirige vers le Golgotha son glaive flamboyant; uno tempête se forme derrière lui, et la voix de Fange domine la tempête ; les forêts de palmiers, le Jourdain, Genezaret, tremblent sous la violence de l’ouragan, et, activées par son souffle, les flammes du sacrifice du soir s’élancent vers le ciel. « Jéhova accepte ton divin sacrifice, s’écrie le séraphin. La colère de Dieu est infinie, et tu t’es soumis à celte colère ; lu Pas assumée seul sur ta tête pour sauver les créatures '. La voix de ton sang qui implorait la miséricorde du Juge suprême est arrivée jusqu’à lui ; il t’a abandonné, il te laissera seul jusqu’à ce que tu aies subi la mort qui doit désarmer sa justice. Encore quelques courts instants, et tu auras terminé ton existence terrestre*. » Ainsi parla l’ange do la mort, et il détourna son visage.
Jésus-Christ lève vers le ciel ses regards éteints; d’une voix forte, que les approches du trépas n’ont pas affaiblie, do la voix du Tout-Puissant qui subit la mort avec uno obéissance volontaire pour racheter les péchés des hommes en