DÉBUT
Chante, âme immortelle, la rédemption de l’homme pécheur que, dans son humanité, le Christ a accomplie sur la terre; chante les souffrances, la mort, la glorification de l’IIomme-Dieu qui a racheté la race d’Adam et l’a ramenée au culte de l'amour divin 1 C’est ainsi que s’accomplit la volonté de l’Éternel. Vainement Satan se leva contre le Fils de Dieu, vainement Juda se ligaa contre lui ; il accomplit son œuvre, le grand œuvre de la rédemption.
Mais ce mystère, que seule connaît la miséricorde divine, la poésie osera-t-elle en approcher, même dans un lointain obscur? Sanctifie-la, Esprit créateur que j’adore en silence, cette poésie qui crée elle aussi 1 ; conduis-la devant moi pleine d’enthousiasme, de force immortelle, rayonnante de beauté! Donne-lui ton regard de feu, ô toi qui sondes les profondeurs do la divinité, et fais un temple saint do l’homme formé de poussière ! Que mon cœur soit pur, et, quoiquo ma voix soit la voix tremblante d’un mortel, j’oserai chanter le Rédempteur, et parcourir d’un pas chancelant cette carrière redoutable.
i . Conduis la comme ion imitatrice. — Il Tondrait un long commentaire pour justifier notre traduction; nous laissons aux professeurs le suin de ta légitimer ou do la combattre.
Mortels qui comprenez la dignité qui vous est échue eu partage lorsque le Créateur du monde devint votre Rédempteur, écoutez mes chants ! Vous surtout, petit nombre de nobles cœurs, chers et tendres amis de l'aimable Médiateur, âmes qui attendez avec confiance le jugement dernier, écoutez-moi, et que la pureté divine de votre vie célèbre le Fils de l’Éternel!
l’axge caebiel s’élevant aux cieux.
Jésus était encore en présence de Dieu , et les souffrances de la rédemption commençaient déjà pour lui. Prosterné loin de là, Gabriel était en adoration, et son âme était transportée par des pensées nouvelles. Il a vécu des siècles aussi longs que l’éternité que peut rêver l’âme lorsque, se détachant des liens du corps, elle s’envole sur l’aile rapide de la pensée, et, durant ces siècles, jamais il n’avait conçu des pensées aussi sublimes. La divinité, les hommes rachetés par elle, l’amour éternel du divin Médiateur, tout se révèle à lui; c’est Dieu lui-même qui dévoile ces mystères à l’esprit du séraphin. Dans ce moment, l’Être éternel se considérait comme un père miséricordieux pour les créatures. Le séraphin se lève, reste debout en admiration et adore ; des joies ineffa- . blés font tressaillir son cœur, et il répand autour de lui une éclatante lumière. La terre qui le porte semble se fondre en un torrent de splendeur céleste. Voilà quelles étaient les pensées de Gabriel. Le divin Médiateur voit l’ange et les flots de clarté qu’il répand au loin sur la cime de la montagne.
Gabriel, lui dit-il, voile ton éclat, songe que tu me sers sur la terre, pars et va porter ma prière devant mon Père. Que les plus nobles d’entre les hommes, que les saints patriarches, que les cieux tout entiers apprennent qu’ils sont accomplis ces temps qu’ils appelaient de leurs ardentes aspira-
lions. Là, comme messager du Médiateur céleste, va briller de ta splendeur angélique.
Obéissant en silence, le front rayonnant d’une sérénité divine, le séraphin prend son essor, Jésus le suit des yeux du haut de la montagne des Oliviers. Avant que le rapide séraphin ait atteint les frontières du ciel, l’Homme-Dieu a vu quelle serait sa conduite devant le trône auguste de la divinité.
Alors commencèrent entre Jésus et son Père de nouveaux et mystérieux entretiens, dont le sens profond et sublime est obscur môme pour les immortels. Ces entretiens avaient pour objet des choses qui doivent révéler un jour à tous les hommes rachetés par le Christ les glorieuses merveilles de la rédemption.
Cependant, semblable à l’aurore, le séraphin atteignait les limites les plus reculées du ciel. Là des soleils remplissent seuls l’espace, et, semblable à un rideau éthéré tissu de lumière, leur éclat s’étend autour des célestes demeures. Aucun globe ténébreux n’ose affronter le regard destructeur du ciel. La nature nuageuse passe en fuyant; les sphères terrestres, si petites que l’œil peut à peine les apercevoir, sont emportées dans l’espace comme la poussière peuplée d’insectes qui s’élève et s’abaisse sous les pas du voyageur. Autour du ciel s’étendent des milliers de voies immenses dont l’œil ne peut mesurer la longueur et qui sont entourées de soleils.
Au milieu de la voie lumineuse qui se dirige vers la terre coulait, après la création du monde, un fleuve aux ondes brillantes, éthérées, qui venait de l’Éden et avait sa source dans lescieux. Au-dessus de ce fleuve ou sur ses bords formés de nuages, les anges et Dieu lui-mème venaient dans uno douce familiarité s’entretenir avec les hommes. Mais lorsque, par le péché, l’homme se constitua l’ennemi de Dieu, les eaux furent rappelées vers leur source; car les immortels ne voulurent plus visiter dans une beauté visible des lieux ravagés
parla mort. Dès lors ils s’en éloignèrent en frissonnant. Los montagnes silencieuses qui gardaient encore la trace de l’Éternel, les bocages aux doux murmures qui, animés par le souffle de Dieu, tressaillaient à sa présence, les heureuses et paisibles vallées que la jeunesse du ciel aimait à visiter, ces berceaux ombragés sous lesquels les premiers hommes, inondés de joie et de douces émotions, pleuraient parce que Dieu les avait créés immortels, la terre entière, sous le poids de la malédiction, était pour ses enfants déchus de l’immortalité un immense tombeau. Un jour cependant, lorsque l’univers rajeuni sortira triomphant des cendres du jugement dernier, lorsque Dieu, par la puissance de son regard présent partout, réunira avec les deux les orbites de tous les mondes, le fleuve éthéré, jaillissant plus pur et plus beau de sa céleste source, descendra vers un nouvel Éden; alors ses rives ne seront jamais veuves de la noble réunion des anges qui rechercheront sur la terre la société des nouveaux immortels.
C’est par cette voie sainte que Gabriel s’avançait vers le ciel où réside la Majesté divine.
Au milieu de l’armée des soleils s’élève le ciel sphérique, incommensurable, archétype des mondes, plénitude de la beauté visible qui se répand en ruisseaux rapides et reflète scs images à travers l’espace infini'. Lorsqu’il se meut, l’harmonie des sphères célestes, portée sur l'aile des vents, va retentir sur la rive des soleils. Les harpes divines marient à ces accents leurs accords sonores et vivifiants. Ce sublime concert s’élève vers le Très-Haut comme un cantique de louange*. De même que l’œil du Seigneur est réjoui par la contemplation de scs œuvres, de môme l’harmonie des sphères charme son oreille divine.
4. Qui, semblable à des ruisseaux rapides, se verse en imilant à travers l’espace infini.
2. Ce son réuni mène devant l’immortel auditeur son haut chant de louange.-
DISCOURS DE GAMALlEL AU SANHÉDRIN.
Déjà l’assemblée allait se séparer en fureur, lorsque Gamaliel se leva. La sérénité de la raison illuminait son visage. Le Sage' parla ainsi : Si, au milieu de cette tempête de passions haineuses, la raison conserve encore quelque empire, si la sagesse vous est chère, écoutez-moi, pères d’Israël. Si cette cause éternelle de discorde se réveille sans cesse parmi Vous, si les noms de Pharisien et de Saducéen vous divisent toujours, comment pourrez-vous anéantir le Prophète? Mais peut-être Dieu a-t-il envoyé parmi vous la jalouse discorde, parce qu’il a réservé à sa justice suprême le droit déjuger le Nazaréen. Pères d’Israël, laissez à Dieu ses arrêts 1 Vous seriez trop faibles pour soulever son tonnerre, et, sous ces armes puissantes qui font trembler les cieut, vous tomberiez anéantis dans la poussière. Restez muets devant Dieu, écoutez en silence la voix du Juge qui s’approche; cette voix, elle se fera bientôt entendre de l’Orient à l’Occident. Si Dieu dit à la foudre : « Écrase-le! s s’il dit à la tempête : « Emporte à tous les vents ', comme de la poussière, ses os broyés par ton souffle 1 t s’il dit au glaive étincelant : « Allons, arme un bras vengeur et bois le sang du coupable! » s’il ditaux gouffres de la terre : <t Ouvrez-vous et engloutissez-le, i oh ! alors le Nazaréen est un coupable rêveur. Mais si, par de célestes merveilles, il continue à répandre les bénédictions sur la terre; si, pâr lui, l’aveugle élève joyeusement scs regards vers le soleil et voit, plein d’étonnement, celui qui lui sort de guide ici-bas (pardonnez-moi si, transporté par la grandeur de ses actes, je choque vos opinions en parlant de lui d’une manière trop avantageuse); si, par lui, le sourd dont l’oreille s’est ouverte aux accents humains entend la voix de sa fiancée, les
t. A tous les quatre vents, — les qunlre points cardinani.
pleurs de joie d’une mère, les bénédictions du prêtre, les chœurs solennels, les chants d'allégresse; si, par lui, lesmorls ressuscitent, témoignent contre nous, élèvent vers le ciel, en pleurant, leurs yeux rendus à la lumière du jour, et, abaissant leurs regards vers nous avec une sainte colère, nous montrent le tombeau qu’ils ont quitté et nous menacent du Juge suprême, devant lequel ils ont comparu déjà; si enfin, ce qui est plus divin encore, il continue à vivre devant nous d’une manière irréprochable, et opère des miracles par cette vertu puissante qui le fait, en quelque sorte, l’égal du Très- Haut; oh! alors, je vous en conjure par le Dieu vivant, parlez, pères d’Israël, devons-nous le condamner?