‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 30 sur 249 · LES CINQ SENS DE L’HOMME · texte numérisé non relu

LES CINQ SENS DE L’HOMME

Le corps de l’homme est évidemment destiné , non à marcher sur quatre pattes comme les animaux, mais à se tenir debout sur le sol dans une attitude droite et majestueuse*. De cette manière, la vue des objets situés au-dessus de lui et dans la voûte céleste lui est rendue extrêmement facile. Les sens ont pour mission de lui faire connaître tout ce qui l’environne ; par eux, il doit entrer en relation intime avec le reste de l’univers. C’est pour cela que les organes des sens ont été placés dans la tête comme dans la position la plus convenable, et qu’ils ont été merveilleusement adaptés aux fonctions qu’ils doivent remplir.

Comme gardiens, les yeux occupent la partie la plus élevée, afin de pouvoir, conformément à leur destination, planer autant que possfble sur les objets. L’œil tout entier est glissant afin de pouvoir éviter la rencontre de ce qui pourrait lui nuire; il est mobile afin de pouvoir à volonté diriger le regard de côté ou d’autre. Fourreau do l’œil, les paupières sont aussi molles que possible afin de n’être point nuisibles à cet organe ; elles sont aussi disposées de la manière la plus commode pour couvrir et voiler la pupille, et la Providence a voulu que cela eût lieu un nombre incalculable de fois, et avec la plus grande rapidité. Les paupières sont défendues par les cils comme par une palissade. Ceux-ci repoussent ce que l’air

t . Voyez le passage de Lucrèce qui exprime la môme idée en beaux ver».

en mouvement pourrait lancer dans l’œil ouvert, et en se fermant hermétiquement ils protègent dans le sommeil l’œil enveloppé par les paupières. L’œil est renfermé dans une cavité, et sa sûreté est garantie par les parties saillantes qui l’environnent. Fortement proéminent, l’os frontal est, en outre, couvert par les sourcils, qui dirigent de côté la sueur découlant de la tète et du front. Les os situés au-dessous de l’œil forment aussi une légère saillie qui protège l’œil par en bas. La position du nez est telle que, semblable à une cloison placée entre les deux yeux, il sert aussi à les protéger.

Comme les oreilles sont destinées à percevoir le son qui tend à s’élever par le mouvement naturel de l’air, c’est avec sagesse qu’une place élevée leur a été assignée. L’entrée de cet organe est toujours ouverte, car nous avons besoin de ce sens, môme dans le sommeil, et c’est par lui que nous pouvons être réveilles. Le conduit externe est tortueux, afin que tout n’y puisse pénétrer directement. En outre, la nature a tapissé ce conduit d’une substance grasse semblable à de la glu, et dans laquelle doivent s’empêtrer les plus petits insectes qui tombent dans l’oreille. Le rebord externe, que nous nommons proprement oreille, fait saillie au dehors, d’une part, afin de protéger l’organe; et, d’autre part, afin d’éviter que le son ne glisse en passait légèrement avant d’être amené jusqu’à l’ouîo. Le conduit auditif est osseux et très-contourné, car ces deux qualités renforcent le son.

Le nez est situé à la tête, parce que toutes les odeurs se dirigent vers le haut; et comme en même temps il est le juge des aliments et des boissons, c’est dans un but très-sage qu’il est placé dans le voisinage de la bouche. Le nez devait, il est vrai, rester ouvert, parce qu’il a sans cesse à remplir son office ; mais afin que rien de nuisible ne puisse s’élever trop haut, il était nécessaire que le conduit allât en se rétrécissant. Enfin, pour que la poussière et autres objets pussent être expulsés, il devait être dans .un état permanent d’humidité.

Le goût, qui a pour fonction de distinguer la nourriture que nous prenons, a son siège dans le conduit du boire et du manger. Cet organe est lui aussi parfaitement abrité. La bouche le renferme, d’abord pour en rendre l’usage très-commode, et ensuite afin d’éviter qu’il ne s’émousse.

Le toucher est également répandu sur toute la surface du corps, afin que nous puissions être avertis de l’impression des objets extérieurs et des atteintes du froid et du chaud.

Pour produire les sons divers qui constituent le langage, et par lesquels l’âme humaine exprime ses pensées, la nature a employé des instruments d’un art incroyable. La trachée artère amène dans la bouche l’air qui devient son ou voix humaine ; la langue adoucit le son, le fortifie ou le modère à volonté ; les dents et d’autres parties de la bouche concourent aussi à ce résultat. «

S’il fallait que les bras et les mains pussent se mouvoir librement de tous côtés, et s’acquitter de fonctions diverses à l’égard de toutes les parties de l’organisme, la place qu’ils occupent était la seule qu’ils devaient avoir. Quelle adtesse ne donnent pas les diverses articulations qui, dans la main, deviennent de plus en plus délicates et déliées ! Par là seulement l’homme pouvait arriver à l’habileté dans la peinture, la sculpture, la musique. C’est seulement à l’aide des bras et des mains qu’il a pu cultiver les champs, bâtir des maisons, Se procurer des vêtements et des milliers d’ustensiles, se livrer à la navigation, dompter des animaux plus vigoureux que lui, et mettre en œuvre à sa fantaisie et de la manière la plus variée là nature et les éléments.

C’est ainsi que, par les organes qui lui ont été départis, par sa constitution solide, mais en même temps très-flexible et propre à tous les mouvements, l’homme a été mis en état d’exécuter ce que, conformément à sa nature, l’àme veut et commande pour la conservation, la protection et le plaisir de l’homme.

J. -G. Suizer.

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