‹ Morceaux choisis en prose et en vers des classiques allemandsChapitre 4 sur 249 · LES TROIS VIEILLARDS · texte numérisé non relu

LES TROIS VIEILLARDS

Celui que le Créateur honore, pourquoi les hommes ne l’honoreraient-ils pas aussi? Sur la tête d’un homme sage et vertueux, les cheveux blancs sont une belle couronne. Trois vieillards célébraient ensemble leur jubilé et racontaient à leurs enfants pourquoi ils avaient atteint un âge aussi avancé. L’un d’eux, docteur et prêtre, dit : « Quand je sortais pour enseigner, je ne m'inquiétai jamais de la longueur du chemin ; jamais je n’eus l’orgueilleuse prétention de m’élever au-dessus de la portée de la jeunesse; jamais je n’élevai les mains pour bénir sans bénir réellement et louer Dieu : c’est pour cela que j’ai vécu si longtemps. » Le second, qui était marchand, dit : « Jamais je ne me suis enrichi au détriment de mon prochain; jamais sa malédiction n’est entrée avec moi dans ma couche, et c’est de bon cœur que j’ai partagé mon bien avec les pauvres : c’est pour cela que Dieu m’a accordé de longues années. » Le troisième, qui était juge du peuple, dit : « Jamais je ne reçus de présents; jamais je ne m’opiniâtrai dans mon opinion ; dans les affaires les plus graves, je cherchais d’abord à me vaincre moi-même : c’est pour cela que Dieu m’a béni dans ma vieillesse. » Alors leurs fils et leurs petits-fils s’approchèrent d’eux, leur baisèrent les mains et les couronnèrent de fieurs ; et les pères les bénirent en disant : a Puisse votre

vieillesse ressembler à votre jeune âge! que vos enfants soient pour vous ce que vous êtes pour nous : une guirlande de roses fleuries sur notre blanche chevelure. »

La vieillesse est une belle couronne : on ne la trouve que dans le sentier de la modération, de la justice et de la sagesse.

Herder.

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