L’objet intéressant
G. Plus chaude.
conclusion. S'il est vrai que , surtout d’après l’opinion des Grecs, les cris qui trahissent le sentiment de la douleur physique puissent se concilier avec une grande âme, ce n'esî point parce qu’il avait l’intention de peindre une âme de cette espèce que l'artiste n’a pas voulu imiter ce cri dans le marbre ; mais il doit avoir eu un autre motif de s’écarter sur ce point de son rival le poëte, qui exprime ce cri avec un dessein bien marqué.
Lessing.
qu’est-ce qu’un COMPLIMENT?
Faire un compliment à quelqu’un est un mouvement machinal d’une partie du corps, ou la courbure de l’épine dorsale, accompagnée d’un mouvement du pied, et, d’ordinaire ni l’intelligence ni la volonté n’ont quelque part à cela.
Un compliment réciproque n’est donc, de la part d'une autre personne, que l'assurance polie qu’elle peut aussi courber le dos sans attacher à cela aucune idée. A la courbure de l’épine dorsale on peut juger de la qualité de ceux qui se rencontrent, et c’est à peu près l’unique utilité des compliments. Un homme sans argent, quelle que soit son intelligence et son habileté, ne saurait s’incliner assez profondément, car il est le plus chétif de ses concitoyens ; au contraire, un homme riche, que le Ciel n’a créé que pour manger et boire jusqu’à ce qu’il meure, a le droit de ne faire qu’un léger mouvement des lèvres quand il rencontre quelqu’un. J’ai vu hier un vieil et digne citoyen qui, dans sa jeunesse, a défendu la patrie, a vécu honorablement de son commerce quand les années se sont accumulées sur sa tête, qui depuis quarante ans a payé exactement aux magistrats tailles et impôts, a élevé six enfants à l’Étal, et conserve, chez tous ses voisins, la réputation d’un galant homme. Ce brave citoyen fit à un jeune et riche conseiller une révérence surannée, il est vrai, mais très-profonde. Lejeune conseiller ne courba qu’un petit brin de sa
très- honorable échine, et laissa à son domestique la peine d’ôter le chapeau. Par là, on voit très-clairement ce que sont les compliments d’un riche à l’égard d’un pauvre. Ce que j'ai vu, en outre, dans cette circonstance, c’est que le jeune et riche conseiller était un fat. En voilà assez sur les compliments, en tant que pose mécanique du corps.
Dans la conversation, les formules ordinaires sont : « Je vous prie de faire mes compliments à monsieur, j> ou bien : « Faites mes compliments à monsieur; » mais il est impossible d’expliquer clairement en allemand ce que cela veut dire, vu que cela ne signifie rien non plus dans le texte français primitif.
« Sans compliment, monsieur, je vous en prie instamment* sans compliment ; ne sommes-nous pas bons amis? a Si je voulais traduire cela en langue vulgaire, cela signifierait à peu près : « Je vous considérerais comme l’homme le plus grossier de la terre si vous osiez croire que nous fussions réellement assez bons amis pour que vous pussiez vous dispenser de me faire tant de compliments. »
« Votre humble serviteur ; entièrement votre serviteur; j’ai l’honneur d’être, de votre Excellence, le très-humble et trèsdévoué, etc. ; je suis pour la vie, et avec le plus entier dévouement, etc., » tout cela sont de purs compliments qui, parmi les hommes polis et rompus à la vraie méthode du monde actuel, ne signifient absolument rien.
Lorsque de telles gens mettent de pareilles formules au bas de leurs lettres, ils n’y attachent pas plus de sens que mon tailleur aux mots laus Deo ! ou qu’un marchand qui, avec l’intention de faire banqueroute dans la semaine de l’échéance, écrit cependant sur ses billets au commencement de la foire : « Par la présente; il vous plaira payer*, etc. »
Rabener.
1 . En toute obéissance. — Celte formule et les suivantes ne peuvent être rendues en français que par des équivalents.