Fais bon payement, et prends Dieu ep aide
l’habit fait le moine.
Une sagesse inépuisable est cachée dans ces trois mots. Ils sont la clef des événements les plus étonnants de la vie humaine, événements qui paraissent incompréhensibles à tant de gens et surtout aux philosophes ; ils sont le vrai, l’unique moyen d’arriver à toutes ces félicités que poursuit en vain une grande partie des hommes. Ceux-là sont des fous qui se persuadent à eux-mémes et font accroire aux autres 1 qu’il n’y a que le vrai mérite, l’amour de la patrie, la droiture, la vertu qui puissent nous rendre heureux et faire de nous des hommes vraiment grands et illustres. Avec quelle inexcusable cruauté nos moralistes nous ont traités jusqu’à présent! A quoi bon tous ces pénibles efforts? Des habits, ohl l’heureuse invention! des habits font seuls ce qu’entreprennent en vain la vertu, le mérite, la droiture et l’amour de la patrie. Maintenant rien n’est pour moi plus ridicule qu’un honnête homme mal vêtu , et je ne puis souffrir, en aucune manière, qu’un pareil homme, parce qu’il est honnête, ait la prétention d’être estimé et admiré. Combien de temps n’aurat-il pas à souffrir la faim et le mépris*, avant d’obtenir seulement que des gens qui ne doivent leur importance qu’à leur habit veuillent bien le supporter 1 Les peines, les efforts consacrés à l’accomplissement de ses devoirs ne lui procurent pas en trente ans la considération qu’il obtiendrait en vingtquatre heures au moyen d’un habit magnifique. Qu’on se représente un pareil homme, se hasardant pour la première fois, avec un vêtement simple et à l’ancienne mode, dans une société d’habits distingués : il sera bien heureux si le concierge ne lui défend pas l’entrée de la maison. S’il pénètre jusqu’à l’antichambre, il a encore à se frayer un passage à
t. Qui font lilanc à cux-mômes et aux autres (Germ.).