Il lui arrive justice (Germ
2. C’esl-à-dire, devenir en réalité ce qu’il est en puissance.
et dotes organes. Par conséquent, un état social qui néglige l’éducation, lui imprime une fausse direction ou favorise cette fausse direction, ou bien enfin qui rend l’éducation des hommes difficile et impossible, est, sous ce rapport, un état contraire à la nature de l’homme. Il se prive lui-même de ses membres et de ce qu’il y a de meilleur en eux : l’usage de leurs forces. Pourquoi les hommes se seraient-ils réunis, sinon pour se rendre, par cette association, meilleurs, plus parfaits, plus heureux?
Par leur triste existence, les hommes morale&enl difformes ou développés à contre-sens ne prouvée t rien, sinon que, depuis leur jeune êge, ils ont vécu dans une société funeste, car chacun apporte avec soi la disposition naturelle à devenir homme.
Aucun homme ne peut vivre pour lui seul, lors même qu’il le voudrait. Les talents qu’il acquiert, les vertus ou les vices auxquels il s’adonne, causent aux autres, dans une sphère plus ou moins étendue, de la peine ou du plaisir.
Procurer et faciliter à chaque individu l’influence la plus salutaire que les hommes puissent mutuellement exercer les uns sur les autres, voilà l’unique but de toute association humaine; tout ce qui trouble, empêche ou supprime ce but est en opposition avec la nature de l’homme. Que l’homme vive peu ou longtemps, dans telFe ou telle position, il faut qu’il jouisse de son existence, et fasse part à ses semblables de ce qu’il y a de meilleur en elle ; la société à laquelle il s’est uni doit l’aider à atteindre ce but.
Lorsqu’un homme quitte cette terre, il n’emporte avec lui que la conscience d’avoir plus ou moins accompli son devoir d’être homme : il laisse tout le reste à ses semblables. L’usage de ses talents, tous les intérêts du capital de ses forces, intérêts qui souvent dépassent de beaucoup l’héritage qui lui a été confié, tout cela échoit à l’espèce.
Sa place est occupée par des hommes jeunes, actifs, qui font valoir les biens qu’il a laissés; ils disparaissent à leur tour, et d’autres les remplacent* Les hommes meurent, mais
l’humanité poursuit son existence immortelle. La principale richesse des individus, l’usage de leurs forces, la culture de leurs facultés, est un bien commun et impérissable qui tout naturellement doit s’accroître par l’usage continuel qu’on en fait.
L’exercice augmente les forces, non-seulement des individus isolés, mais encore, et dans une proportion infiniment plus grande, celles des hommes réunis dans l’espace ou se succédant dans le temps Les hommes se créent des instruments toujours plus nombreux et plus parfaits ; tous les jours ils apprennent à mieux s’utiliser eux-mémes les uns les autres comme instruments. Ainsi la puissance physique de l’humanité augmente sans cesse; la masse qu’il s'agit de mettre en mouvement devient {tins grande : les machines qui doivent la pousser sont construites avec plus de soin, plus d’art, plus d’habileté, plus de délicatesse.
En effet, la nature de l'homme, c’est l’art, et toutes les aptitudes virtuellement existantes dans son êt,re doivent, avec le temps, devenir art.
Tous les objets qui sont renfermés dans son empire (et cet empire est aussi vaste que la terre) l’inj itent à réaliser ce but. Ce n’est point suivant leur essence, mais d’après son utilité qu’ils sont étudiés, connus, employés par lui. Personne à cet égard ne peut lui imposerdes limites, pas mémo Id mort; car le genre humain pe rajeunit par des points de vue toujours nouveaux qu’il découvre dans les êtres, et par le renouvellement continuel de ses forces.
Infinies sont les combinaisons que l’on peut faire des objets do la nature : le génie des découvertes appliqué à l'usage de ces objets est donc sans limite et sans cesse progressant. Une découverte éveille une découverte, une industrie une autre industrie. Souvent une seule découverte enfante des milliers de découvertes et des millions d’industries qui sont fon- ' dées sur elles.
t. De plusieurs ensemble, ou les uns après les autres.
Seulement, qu’on ne s’imagine pas que ce progrès s’accomplit en ligne droite ou dans une direction uniforme ; il se fait dans toutes les directions en décrivant toutes les courbes et tous les angles possibles. Ni l’asymptote, ni l’ellipse, ni la cycloïde ne peuvent nous représenter la marche de la nature. Tantôt les hommes se jettent avidement sur un objet, tantôt ils l’abandonnent en laissant leur travail incomplet, soit par lassitude, soit parce qu’un objet plus nouveat* les attire. Quand celui-ci n’aura plus pour eux le charme de la nouveauté, ils retourneront au premier, ou même le second les y ramènera ; car, pour l’homme, tout est lié dans la nature, précisément parce que l’homme n’est qu’un homme, et qu’il ne peut connaître et mettre en œuvre la nature qu’à l’aide de ses organes. *
De là résulte une lutte des forces humaines qui doit s’accroître sans cesse, à mesure que s’étend la sphère de la connaissance et de l’activité. Des éléments, des nations qui semblaient auparavant étrangers les uns aux autres entrent en relation : plus le combat est rude, plus le frottement use graduellement les aspérités de leur surface, et l’on voit surgir enfin des productions commîmes à plusieurs peuples.
Herder.