CONDITIONS DE L’ART
L’art ne jaillit que du mouvement le plus animé des forces intimes du cœur et de l’esprit; ce mouvement, nous le nommons inspiration. Tout ce qui, de commencements faibles et mesquins, est parvenu à un haut degré de puissance et d’élévation, est devenu grand par l’inspiratioh. Cela est vrai des royaumes et des États, des arts et des sciences. Mais ce n’est pas la force de l’individu qui accomplit ces merveilles, c’est l’esprit qui se répand dans l’ensemble. Comme ces plantes délicates soumises à l'influence de l’air et de la température, l’art en particulier dépend de la disposition générale des esprits. Il a besoin d’un enthousiasme général pour le grand
et le beau, comme celui qui, au temps des Médicis, semblable à la chaude haleine du printemps, fit naître sur-le-champ et à la fois tous ces grands génies ; il a besoin d’une constitution comme celle que Périclès nous dépeint dans le panégyrique d’Athènes, et dont la stabilité et la durée sont mieux garanties par le pouvoir doux et paternel d’un souverain que par le gouvernement démocratique; une constitution où toutes les forces se meuvent librement, où tous les talents aiment à so montrer, parce que chacun d’eux est apprécié à sa juste valeur, où l’inaction est une honte, où la médiocrité n’est pas en honneur; une constitution dans laquelle tous les efforts sont dirigés vers un but élevé, extraordinaire. Ce n’est que lorsque la vie publique est mise en mouvement par les mêmes forces qui donnent à l’art son impulsion, c’est alors seulement que la vie publique peut tourner à l’avantage de l’art; car il no saurait, sans abdiquer la noblesse de sa nature, se régler sur rien d’extérieur. L’art et la science ne peuvent se mouvoir tous deux qu’autour de leur axe propre; l’artiste, . comme tous ceux qui exercent une action spirituelle, ne peut suivre que la loi que Dieu et la nature ont écrite dans son cœur. Personne ne peut l’aider, il faut qu’il s’aide lui-même; il n’a pas non plus à attendre de récompense extérieure ; car ce qu’il ne produirait pas par amour pour son art ' n’aurait plus aucune valeur. Par la même raison, personne ne peut lui donner des ordres ou lui tracer la route qu’il doit suivre. S’il est digne de pitié lorsqu’il a à lutter contré son siècle, il mérite le mépris quand il se courbe sous son joug*. Et comment même le pourrait-il? Sans un enthousiasme grand et général, il n’y a que des sectes et point d’opinion publique. Ce n’est pas un goût arrêté, ce ne sont pas les grandes idées d’un peuple tout entier, mais les voix isolées de quelques individus érigés en juges qui décident du mérite, et l’art, qui